Isabela est jeune, à l'échelle de la Terre. La plus vaste des Galápagos est née de la fusion d'une demi-douzaine de volcans dont plusieurs s'activent encore, et sa forme d'hippocampe chevauche l'équateur en plein Pacifique. Les navires, souvent de taille modeste, restent au mouillage devant Puerto Villamil; les pangas déposent les passagers près d'un bourg de rues de sable où les otaries somnolent sur les bancs publics comme d'autres chats sur un rebord de fenêtre. Le décor est planté : ici, la faune n'a jamais appris à craindre l'être humain, et l'affluence reste sans commune mesure avec celle de Santa Cruz, sa voisine plus fréquentée.
Des tortues par générations
À courte marche du bourg, une passerelle de bois traverse des lagunes saumâtres où se tiennent parfois des flamants, avant d'atteindre le centre d'élevage de tortues géantes Arnaldo Tupiza. Les enclos y regroupent les lignées propres aux volcans d'Isabela, des nouveau-nés numérotés gros comme des pommes jusqu'aux adultes centenaires. Le travail des soigneurs, expliqué simplement, aide à saisir la lente reconquête d'espèces que les baleiniers avaient presque effacées. Les plus curieux prolongeront à vélo sur la piste côtière vers le Mur des larmes, un ouvrage de pierre élevé au milieu du XXe siècle par les détenus d'une colonie pénitentiaire; en chemin, il n'est pas rare de devoir céder le passage à une tortue géante en liberté.
Las Tintoreras, la lave habitée
À quelques minutes de navigation, des îlots de lave noire composent l'un des tableaux les plus saisissants de l'archipel. Dans un chenal étroit se reposent les requins à pointes blanches qui donnent leur nom au site; sur les rochers, des iguanes marins par dizaines se chauffent en crachant l'eau de mer, indifférents aux visiteurs qui passent à deux mètres. Avec un peu de chance s'ajoutent des manchots des Galápagos, seuls représentants de leur famille à vivre sur l'équateur. Le tour se fait à pied et en bateau, guidé, sur sentier balisé; beaucoup le combinent avec une mise à l'eau, masque au front, pour nager au-dessus des requins endormis et croiser peut-être une tortue en pleine sieste aquatique.
Sierra Negra, pour les longues escales
Les marcheurs entraînés peuvent viser le volcan Sierra Negra, dont la caldeira d'une dizaine de kilomètres de diamètre compte parmi les plus vastes de la planète. La randonnée demande plusieurs heures, souvent dans la brume d'altitude, jusqu'au rebord d'un cratère dont le fond de lave noire date en partie de l'éruption de 2018. L'excursion se réserve d'avance et mange l'essentiel de la journée : un choix à faire en connaissance de cause.
Concha de Perla, le bain du retour
Près de la jetée, une passerelle dans la mangrove conduit à un bassin naturel abrité, la Concha de Perla. Masque et tuba suffisent : eaux claires, poissons de récif, tortues marines de passage et, régulièrement, une otarie joueuse qui tourne autour des nageurs. C'est l'endroit tout indiqué pour clore la journée avant de remonter en panga, pendant que les pélicans plongent en piqué dans le chenal et que le bourg allume ses premières lumières.
L'essentiel à retenir
- Débarquement humide possible : sandales amphibies et sac étanche appréciés.
- Guides naturalistes obligatoires sur la plupart des sites; distances de respect imposées avec la faune.
- Crème solaire, eau et chapeau : l'équateur ne pardonne pas, même sous les nuages.
À l'heure de quitter le mouillage, les frégates escortent le navire et le profil des volcans s'estompe dans la brume de chaleur. Isabela laisse cette impression singulière propre aux Galápagos : celle d'avoir été admis, quelques heures, dans un monde qui fonctionne parfaitement sans nous. On n'en revient jamais tout à fait pareil.


