Des crêtes d'herbe dorée plongent dans un lagon translucide, sans un quai ni une route en vue. La chaîne des Yasawa aligne une vingtaine d'îles volcaniques au nord-ouest de Viti Levu, et Yasawa, la plus septentrionale des grandes îles, prête son nom à l'archipel entier. Les navires y jettent l'ancre au large d'une plage, et tout le reste dépend des chaloupes : l'escale se vit entre le sable, la mer et les villages, au rythme d'une région où l'on circule en bateau plutôt qu'en voiture.

L'ancre dans le lagon

Le débarquement en tender fait partie de l'aventure, et la mer garde le dernier mot : les compagnies le rappellent d'ailleurs à leurs passagers, car un vent contraire peut déplacer le mouillage ou écourter la journée. Par temps calme, la navette dépose les passagers directement sur un rivage de sable blanc, parfois les pieds dans l'eau. Le décor frappe par son dépouillement : des collines herbeuses aux allures de savane, quelques cocoteraies, des toits de tôle ou de chaume regroupés en hameaux. Les Yasawa sont restées à l'écart du tourisme de masse, et cela se voit dès les premiers pas.

Le sevusevu, porte d'entrée des villages

Lorsqu'une rencontre villageoise est prévue, elle commence par le sevusevu, un protocole immuable : les visiteurs présentent une racine de kava au chef, qui accepte l'offrande et ouvre sa communauté aux invités. Suivent souvent des chants d'église à plusieurs voix, une danse meke, un passage par l'école où les enfants réservent aux visiteurs leurs plus larges sourires, et un petit marché d'artisanat, nattes tressées et colliers de coquillages étalés sur des tissus. Les achats faits là soutiennent directement la communauté, ce qui leur donne un poids particulier. L'accueil fidjien, chaleureux sans être théâtral, laisse rarement indifférent. Une tenue couvrant épaules et genoux est appréciée dans les villages, et l'on retire son chapeau par respect pour le chef.

Un terrain de jeu à fleur d'eau

De retour sur la plage, le lagon fait le programme. Les patates de corail proches du bord se prêtent à l'apnée, avec leurs poissons-papillons, leurs demoiselles bleues et parfois un rideau de poissons argentés qui se referme autour du nageur. Kayak et baignade complètent la panoplie, et les marcheurs grimpent volontiers sur la première crête venue : après un quart d'heure de montée dans l'herbe haute, les collines dégagées offrent des vues amples sur le chapelet d'îles qui file vers le sud et sur le navire posé au milieu du bleu. Les commodités restent minimales : chapeau, protection solaire et chaussures d'eau descendent du navire avec soi, car la plage n'offre guère plus que son ombre et sa beauté. La lumière de fin d'après-midi, rasante sur l'herbe et les vagues, compte parmi les plus beaux spectacles de l'archipel.

Sawa-i-Lau, la grotte des légendes

Vers la pointe sud de l'île, un piton de calcaire abrite les grottes de Sawa-i-Lau, où l'on nage dans une piscine naturelle éclairée par une ouverture de la voûte. Le lieu, associé à plusieurs légendes fidjiennes et rendu célèbre par le film Le Lagon bleu, figure dans certains itinéraires selon le mouillage retenu par la compagnie. Renseignez-vous à bord : la baignade dans la grotte dépend de la marée et du programme du jour, et elle compte parmi les souvenirs les plus vifs que l'on rapporte de l'archipel.

Au moment du départ, il arrive que l'équipage ou les villageois entonnent Isa Lei, le chant d'adieu fidjien, pendant que les chaloupes regagnent le navire. La mélodie poursuit longtemps ceux qui l'ont entendue une fois. Les Yasawa laissent ce genre de trace : peu d'images spectaculaires à raconter au retour, plutôt une douceur générale, faite de sourires, d'eau tiède et de collines dorées, qui donne envie de revenir par le premier bateau.