Les marins l'appellent le « mur des Lofoten » : vue du large, la chaîne surgit d'un seul bloc, rempart de granit de plus de 100 kilomètres dressé au-dessus de la mer de Norvège, au nord du cercle polaire. Puis le navire s'approche, le mur se fend, et l'archipel révèle son autre visage : des villages de cabanes rouges blottis au pied des parois, des bras de mer turquoise, des claies de séchage dressées comme des cathédrales de bois. Les Lofoten comptent parmi les plus beaux paysages côtiers du monde, et une escale suffit pour comprendre que leur réputation n'a rien volé.

Svolvær, la capitale de l'archipel

La plupart des navires font halte à Svolvær, bourg principal des îles, où l'on accoste au quai ou l'on débarque en annexe selon la taille du bateau. Le centre se parcourt à pied : galeries d'artistes attirés depuis un siècle par la lumière du Nord, cafés du port, ateliers de photographes. Au-dessus des toits se dresse la Svolværgeita, la « chèvre » locale, pinacle rocheux à deux cornes que les alpinistes gravissent pour sauter, d'une corne à l'autre, sous les yeux des badauds. Le musée de la guerre, riche en uniformes et objets d'époque, rappelle que ces îles furent le théâtre de raids alliés dès 1941.

Le Trollfjord, l'entaille secrète

Au départ de Svolvær, des vedettes, dont plusieurs silencieuses à propulsion électrique, remontent le détroit de Raftsundet jusqu'à une entaille de la montagne large d'à peine 100 mètres : le Trollfjord. Les parois y tombent de plusieurs centaines de mètres directement dans une eau d'encre; les pygargues à queue blanche, ces aigles pêcheurs géants, tournoient souvent au-dessus des bateaux. Certains navires de croisière de taille modeste s'y glissent eux-mêmes et pivotent sur place au fond du fjord, manœuvre qui arrache immanquablement des applaudissements.

Henningsvær, le village sur les îlots

À environ 25 kilomètres, une route en ponts et chaussées saute d'îlot en îlot jusqu'à Henningsvær, village de pêche devenu repaire d'artistes. Maisons de bois serrées autour du bassin, galeries installées dans d'anciens entrepôts à morue, cafés où le cannelle domine : le lieu séduit sans effort. Sa célébrité récente tient aussi à son terrain de soccer, posé sur un îlot rocheux entre mer et montagnes, souvent cité parmi les plus spectaculaires de la planète.

La morue, mère de l'archipel

Chaque hiver, le skrei, la morue arctique, quitte la mer de Barents pour venir frayer ici même. Cette migration nourrit ces côtes depuis plus de mille ans : séché sur des claies de bois entre février et juin, le poisson partait déjà au Moyen Âge vers l'Italie, qui en demeure friande. À Kabelvåg, village voisin, la grande église de bois dite « cathédrale des Lofoten » fut bâtie pour accueillir les milliers de pêcheurs de la saison; les musées voisins racontent cette économie du froid et du vent qui a façonné chaque village.

Jusqu'où aller ?

DestinationDistance depuis SvolværFaisabilité en escale
Kabelvåg et sa grande église6 kmTrès facile
Henningsvær25 kmDemi-journée
Trollfjord (par bateau)2 à 3 heures aller-retourExcursion phare
Reine et l'ouest des îlesEnviron 130 kmLongues escales seulement

L'été, le soleil de minuit baigne les îles de fin mai à la mi-juillet, et la notion d'heure se dissout; en septembre, les premières aurores boréales dansent parfois au-dessus des mâts. Quelle que soit la saison, la météo change vite : les averses passent, la lumière revient, plus nette qu'avant.

On repart à regret, en suivant du regard le mur de granit qui se referme derrière la poupe. Restent en mémoire l'odeur du poisson séché, le cri des pygargues et ces villages rouges minuscules au pied des géants de pierre. Certains archipels se visitent; celui-ci s'imprime.