Onze kilomètres de chenal sinueux entre des collines couvertes de cocotiers : l'arrivée à Neiafu ressemble davantage à une remontée de fjord tropical qu'à une approche d'atoll. Au bout du passage s'ouvre le Port of Refuge, l'un des mouillages naturels les plus abrités du Pacifique Sud, où se balancent les mâts de voiliers venus du monde entier. Les navires jettent l'ancre au milieu de la rade, dans le nord du royaume des Tonga; les tenders déposent ensuite les passagers en plein cœur de la petite capitale des Vava'u, à deux pas du marché.

Neiafu, entre quai et collines

Le marché Utukalongalu donne le ton dès la descente : taros, ananas, poissons du matin, et des étals d'artisanat où s'empilent tapas peints, nattes de pandanus tressées et bijoux de coquillage. Les rues grimpent doucement vers les églises et les écoles, pendant que le front de mer aligne cafés et comptoirs d'excursions tenus par des navigateurs restés à quai plus longtemps que prévu. L'anglais et le tongien s'y mélangent avec bonne humeur, au rythme nonchalant du royaume. Une cathédrale domine le plan d'eau depuis son promontoire, et son clocher sert de repère aux marins comme aux marcheurs.

Le mont Talau, balcon sur la rade

Au-dessus des toits se dresse le mont Talau, une table de 131 mètres au sommet curieusement aplati. Un sentier part de la ville et se raidit sur la fin, quelques marches aidant dans les passages les plus francs. Là-haut, la récompense tombe d'un coup : la rade entière, le lacis des îlots, les voiles blanches éparpillées sur un dégradé de bleus et de verts. C'est le meilleur endroit pour comprendre pourquoi les navigateurs du Pacifique parlent de ces eaux avec des trémolos dans la voix.

Les baleines de l'hiver austral

De juillet à octobre, les baleines à bosse remontent des mers antarctiques pour mettre bas et s'accoupler dans les eaux calmes de l'archipel. Des opérateurs détenteurs de permis proposent de les approcher en bateau, parfois même de se glisser à l'eau en petit groupe, sous encadrement strict : les Tonga comptent parmi les très rares pays au monde à autoriser cette nage. Les rencontres se font à bonne distance des mères et de leurs petits, selon des règles que les guides tongiens appliquent avec fierté. Entendre un chant de mâle résonner à travers la coque, voir une mère guider son petit vers la surface : voilà des minutes qui pèsent lourd dans la mémoire d'un voyage.

Grottes et îlots

La sortie en mer la plus courue mène à la grotte des Hirondelles, creusée dans une falaise de l'île de Kapa : on y pénètre en petite embarcation ou à la nage, dans une salle où des faisceaux de lumière plongent vers un fond d'un bleu profond. Une cinquantaine d'îles et d'îlots composent l'archipel, beaucoup ourlés de sable clair et de récifs; les excursions combinent volontiers baignade, pique-nique et plongée en apnée au-dessus des coraux. Les équipages fournissent généralement masques et tubas; la limpidité de l'eau fait le reste.

Repères pour l'escale

SiteDistance du débarcadèreAccès
Marché UtukalongaluÀ proximité immédiateÀ pied
Mont TalauEnviron 2 kmÀ pied, sentier raide
Grotte des Hirondelles (Kapa)En bateau seulementExcursion en mer

Quand le navire réemprunte le chenal, les collines défilent une à une, refermant lentement la rade derrière lui. Sur les pontons, les voiliers préparent le rhum du soir; sur les ponts, les passagers regardent s'éloigner ce labyrinthe d'eau tiède où chantent encore, peut-être, les baleines croisées le matin. On comprend alors pourquoi tant de navigateurs, arrivés ici pour une semaine, finissent par y rester une saison entière.