L'ancre plonge dans une baie ourlée de collines vertes, face à une poignée de toits de tôle et de terrasses ombragées. Voilà Great Harbour, port d'attache de Jost Van Dyke : huit kilomètres carrés, quelques centaines d'habitants et une réputation qui dépasse largement sa taille. L'annexe dépose les passagers sur un petit quai; dix pas plus loin, la rue principale est en sable. L'île tiendrait son nom d'un flibustier néerlandais du XVIIe siècle, Joost van Dyk; la tradition, ici, se raconte plus qu'elle ne se prouve, et personne ne semble s'en formaliser.
Great Harbour, capitale miniature
Le tour du hameau se boucle en un quart d'heure : une église méthodiste, des cases aux volets colorés, des tables posées face à la mer et, au bout du rivage, Foxy's, institution fondée à la fin des années 1960 par Foxy Callwood, chanteur de calypso qui improvise encore parfois des couplets sur les gens de passage. Les plaisanciers de tout l'archipel s'y donnent rendez-vous pour les grillades et les fêtes de fin d'année, devenues légendaires dans les Caraïbes de la voile. Entre deux terrasses, des poules traversent tranquillement la chaussée sablonneuse : le rythme local s'impose de lui-même, et les montres perdent rapidement leur utilité.
Par-dessus la colline, White Bay
Vers l'ouest, une route escarpée franchit la crête : une demi-heure de marche soutenue, ou quelques minutes en taxi découvert. Du sommet, le regard file jusqu'à St. John et St. Thomas, îles américaines voisines, avant de plonger sur la récompense du jour : White Bay, croissant de sable immaculé protégé par un récif qui adoucit la houle. L'eau limpide se prête à la plongée-tuba le long des pâtés de corail, à quelques mètres seulement des serviettes. Tortues et raies y font des apparitions régulières, au grand bonheur des enfants équipés d'un masque.
Le bar du dollar mouillé
C'est sur ce même rivage que le Soggy Dollar Bar a gagné son nom : les navigateurs ancrés dans la baie nageaient jusqu'au comptoir, billets trempés en poche. La maison revendique aussi l'invention du Painkiller, mélange de rhum, de crème de coco, d'ananas et d'orange coiffé de muscade fraîchement râpée. On le sirote un orteil dans le sable, en regardant les annexes et les voiliers se partager le mouillage.
La piscine à bulles
À l'autre extrémité de l'île, près du hameau de l'est, la mer s'engouffre entre deux parois rocheuses et remplit un bassin naturel d'écume : la Bubbly Pool, sorte de spa sculpté par les vagues. L'endroit se rejoint en taxi puis par une courte marche entre les palétuviers. Le phénomène dépend entièrement de la houle du jour; par mer plate, il se transforme en simple bassin tranquille, par forte houle il devient trop violent. Demander conseil aux chauffeurs avant de s'y rendre. Au retour, certains font un détour par les bancs de sable de Sandy Cay, îlot protégé qui émerge au large de la côte est et que les excursions en bateau contournent au ras des eaux claires.
En fin de journée, chacun regagne le quai avec du sel sur la peau et cette impression particulière d'avoir passé quelques heures chez des amis plutôt que dans une escale. Jost Van Dyke ne se visite pas vraiment : elle s'adopte, et beaucoup notent déjà son nom pour un futur séjour à la voile.
Repères pratiques
- Mouillage et transfert en annexe, vers Great Harbour ou directement vers White Bay selon les compagnies.
- Le dollar américain est la monnaie officielle des îles Vierges britanniques.
- Conduite à gauche; taxis découverts en attente au quai les jours de navire.
- Peu de guichets automatiques : prévoir du comptant en petites coupures.
- La montée vers White Bay est raide : par forte chaleur, le taxi vaut mieux que la marche.


