Vue du ciel, Karlsruhe ressemble à un éventail ouvert. Trente-deux avenues rayonnent depuis la tour du château, comme les nervures d'une feuille géante. Ce plan étonnant date de 1715, l'année où le margrave Charles-Guillaume de Bade-Durlach décida de bâtir sa résidence en pleine forêt, loin des remparts médiévaux. Les navires fluviaux s'amarrent à Maxau, en bordure du Rhin, à une dizaine de kilomètres à l'ouest du cœur urbain. Un court trajet en autocar suffit pour rejoindre cette cité badoise où l'urbanisme des Lumières se lit encore dans chaque perspective.

Le château et son éventail de verdure

Tout part du château. Sa façade jaune pâle ferme la perspective de chaque avenue, si bien qu'on l'aperçoit d'à peu près partout. L'édifice abrite aujourd'hui le Badisches Landesmuseum, consacré à l'histoire du pays de Bade, de l'Antiquité aux collections ottomanes rapportées par le margrave Louis-Guillaume. La tour centrale se gravit pour saisir d'un seul regard la géométrie des lieux, avec les reliefs boisés du sud en toile de fond par temps dégagé. Derrière le palais s'étend un vaste jardin public où les résidents pique-niquent sur les pelouses, à deux pas du jardin botanique et de ses serres du dix-neuvième siècle.

La place du marché et sa pyramide

En suivant l'axe principal vers le sud, on débouche sur la Marktplatz, encadrée d'édifices néoclassiques signés Friedrich Weinbrenner. Au milieu de la place se dresse une pyramide de grès rouge, devenue l'emblème de Karlsruhe : elle marque le tombeau du fondateur. Les rues piétonnes voisines alignent boutiques, cafés et pâtisseries où goûter une part de forêt-noire dans sa région d'origine. Karlsruhe est aussi surnommée la résidence du droit, puisque la Cour constitutionnelle fédérale et la Cour fédérale de justice y siègent toutes deux.

Le ZKM, l'art à l'ère numérique

Dans une ancienne fabrique de munitions aux allures de cathédrale industrielle, le ZKM, centre d'art et de médias, explore les liens entre création et technologies. Installations interactives, jeux vidéo anciens, œuvres sonores : la visite surprend autant les néophytes que les initiés. C'est l'un des lieux les plus singuliers d'Allemagne dans son domaine, et il justifie à lui seul le détour pour bien des voyageurs curieux de voir où s'invente l'art de demain.

Durlach, l'ancêtre de la cité

Un tramway relie le centre à Durlach, le bourg d'origine des margraves, plus ancien que Karlsruhe elle-même. Ses ruelles pavées, sa place bordée de maisons à colombages et son ambiance villageoise contrastent avec la rigueur géométrique du plan en éventail. De là, le funiculaire du Turmberg, en service depuis 1888, grimpe vers une tour panoramique qui domine la vallée du Rhin. Le coup d'œil porte jusqu'aux premières hauteurs de la Forêt-Noire.

Repères pratiques

TrajetDistance approximativeMoyen suggéré
Débarcadère de Maxau — centre de Karlsruhe10 kmAutocar ou navette
Centre — Durlach et Turmberg7 kmTramway, puis funiculaire
Karlsruhe — Baden-Baden40 kmExcursion organisée ou train régional

Le réseau de tramways compte parmi les plus efficaces d'Europe : la ville a inventé le modèle du tram-train, qui circule à la fois en rue et sur les voies ferrées régionales. Plusieurs itinéraires de croisière proposent aussi des excursions vers Baden-Baden, ses thermes et son architecture Belle Époque, ou vers les villages de la Forêt-Noire, leurs fermes à grands toits et leurs ateliers d'horlogers.

Avant de remonter à bord

Karlsruhe ne cherche pas à éblouir. Elle propose plutôt une leçon d'harmonie : une agglomération pensée d'un seul trait, où l'on circule sans jamais se perdre, entre un palais, une pyramide et des laboratoires d'art numérique. En regagnant le Rhin, on repense à ce margrave qui rêvait d'ordre et de lumière. Trois siècles plus tard, son éventail continue de s'ouvrir sur la vallée, et il reste bien des plis à explorer.