Peu avant Kelheim, le Danube change de caractère. Les berges se resserrent, des parois de calcaire blanc se dressent au-dessus de l'eau, et le fleuve, d'ordinaire si large, se faufile dans un défilé où la forêt s'accroche à la roche. C'est dans ce décor bavarois que les navires font halte, au confluent de l'Altmühl et du Danube. Le débarcadère se trouve au pied de la vieille ville, et deux géants se partagent l'horizon : une rotonde de pierre claire sur la colline, une abbaye millénaire au creux de la vallée encaissée.

La Befreiungshalle, vigie de pierre

Au sommet du Michelsberg, la Befreiungshalle, ou salle de la Libération, veille sur le bourg. Louis Ier de Bavière la fit édifier pour commémorer les guerres de libération contre Napoléon ; elle fut achevée en 1863. De loin, on dirait un temple antique posé sur la colline. À l'intérieur, une ronde de statues de marbre blanc se donne la main sous la coupole, dans un silence qui impressionne même les visiteurs pressés. La galerie extérieure embrasse le confluent, les toits rouges et l'entrée du canyon danubien. On y monte à pied par un sentier en lacets ou en navette routière depuis le centre.

La gorge du Danube en bateau

L'expérience phare de l'escale se vit sur l'eau. Des bateaux d'excursion quittent régulièrement le débarcadère de Kelheim et remontent la percée du Danube, une réserve naturelle où le fleuve s'est frayé un passage entre des falaises étonnamment sculptées. Les rochers portent des noms anciens, les faucons nichent dans les parois, et l'embarcation avance lentement, presque sans bruit, tandis que les canoteurs et les randonneurs saluent depuis les rives. En moins d'une heure de navigation, on atteint un éperon de verdure où se blottit l'abbaye de Weltenburg.

Weltenburg, la doyenne des abbayes bavaroises

Fondée par des moines vers l'an 600, Weltenburg passe pour le plus ancien monastère de Bavière. Son église, chef-d'œuvre baroque des frères Asam, éblouit par son théâtre de stucs, d'ors et de lumière indirecte : saint Georges y terrasse le dragon dans une mise en scène digne d'un opéra. La brasserie du monastère, dont la tradition remonte au Moyen Âge, compte parmi les plus anciennes brasseries monastiques du monde. Dans la cour intérieure, sous les marronniers, les tables se remplissent de chopes de bière brune et d'assiettes de rôti de porc. Le retour vers Kelheim se fait au fil du courant, avec les à-pics qui défilent en sens inverse.

Flâner dans la vieille ville

Entre deux navigations, le centre de Kelheim se parcourt aisément à pied. Portes fortifiées, places tranquilles, façades peintes aux couleurs pastel : le noyau ancien a gardé son gabarit médiéval, hérité des ducs de Bavière qui en firent une place forte au bord du fleuve. Les tavernes locales servent la bière brassée sur place, et les commerces de la rue principale proposent charcuteries fumées, bretzels dorés et souvenirs sans prétention. Les plus marcheurs emprunteront plutôt le sentier qui suit la rive à travers la réserve, une randonnée d'environ 5 km qui rejoint l'abbaye par les hauteurs, avec de belles échappées sur les eaux en contrebas... et le bateau pour revenir sans effort.

Organiser ses heures à terre

  1. Matinée : traversée en bateau vers Weltenburg et visite de l'église abbatiale.
  2. Midi : repas ou collation dans la cour du monastère.
  3. Après-midi : montée à la Befreiungshalle, puis flânerie dans les rues anciennes.

Ce que l'on remporte

Cette halte danubienne réunit en quelques kilomètres ce que la Bavière a de plus profond : la foi baroque, la mémoire des batailles, la bière des moines et un fleuve qui a mis des millénaires à tailler son chemin dans le calcaire. Quand le navire reprend sa route, beaucoup de passagers restent sur le pont, le regard tourné vers l'amont, à guetter une dernière fois l'éclat blanc de la rotonde entre les arbres.