La route 1 des États-Unis se termine ici, à plus de 200 kilomètres au sud de Miami, sur une île qui a toujours fait les choses à sa manière. Depuis le pont du navire, Key West apparaît basse sur l'eau, hérissée de palmiers et de toits de tôle blanche. Les voiliers croisent devant les quais, un hydravion passe au-dessus de la passe, et déjà l'odeur du café cubain flotte jusqu'au débarcadère. Le dépaysement est immédiat : on se trouve toujours en Floride, mais Cuba n'est qu'à 145 kilomètres.

Trois quais, une même île

Les navires accostent à trois endroits. Mallory Square et le Pier B, voisins l'un de l'autre, placent les passagers à deux rues de Duval Street : tout se fait à pied. Le Navy Mole, ancien môle militaire situé à l'écart, impose en revanche une navette, assurée par les petits trains touristiques qui traversent la base navale jusqu'au centre. Dans tous les cas, le cœur historique se parcourt sans effort, tant l'île est compacte : à peine six kilomètres sur trois.

Les maisons des capitaines

La vieille ville aligne des centaines de demeures de bois du XIXe siècle, construites par des capitaines, des récupérateurs d'épaves et des rouleurs de cigares venus de La Havane. Vérandas ajourées, persiennes pastel, jardins débordant de bougainvilliers : chaque rue perpendiculaire à Duval mérite qu'on s'y attarde. Beaucoup de ces demeures ont été montées par des charpentiers de marine, ce qui explique leurs proportions de goélette et leur résistance aux ouragans. Plusieurs abritent aujourd'hui des auberges, des galeries et des ateliers d'artistes. Les coqs en liberté, descendants des volailles d'autrefois, circulent entre les clôtures et donnent le ton de l'endroit.

Chez Hemingway

Au 907 de la rue Whitehead, une maison coloniale espagnole entourée d'un jardin tropical fut celle d'Ernest Hemingway dans les années 1930. L'écrivain y a travaillé à certains de ses grands romans; ses chats à six doigts y règnent encore, des dizaines de descendants choyés qui dorment où bon leur semble. À quelques pas, le phare de Key West se gravit pour une vue d'ensemble sur les toits et le large.

La borne la plus photographiée de Floride

Au bout de la même rue, une grosse bouée de béton peinte annonce le point le plus au sud des États-Unis continentaux : « 90 Miles to Cuba ». La file pour la photo fait partie du rituel. On revient ensuite vers le centre par Duval Street, ses galeries, ses bars à la réputation solide et ses terrasses où la tarte à la lime des Keys se déguste à toute heure. Les curieux d'histoire pousseront jusqu'à la Little White House, résidence d'hiver du président Truman.

Repères pour la journée

LieuDepuis Mallory Square
Duval Street2 rues à pied
Maison Hemingwayenviron 15 minutes de marche
Borne du point le plus au sudenviron 20 minutes de marche
Little White House5 minutes de marche

Le petit train de la Conch Tour, en service depuis 1958, boucle l'essentiel en une heure commentée : une bonne option quand la chaleur pèse ou que le temps est compté.

Le soir tombe sur Mallory Square

Si le navire reste à quai en fin de journée, le rendez-vous est connu de tous : chaque soir, jongleurs, musiciens et marchands ambulants transforment Mallory Square en célébration du coucher de soleil, une tradition locale bien ancrée. Le ciel vire à l'orange derrière les voiliers, les applaudissements saluent la disparition du disque solaire, et l'on comprend pourquoi tant d'artistes et d'originaux ont choisi de ne jamais repartir. En remontant la passerelle, on emporte un peu de cette nonchalance insulaire — et l'envie de redescendre la route 1, un jour, jusqu'au bout.