C'est ici que chaque journée de la planète commence. Kiritimati, dans les îles de la Ligne, vit à l'heure du fuseau le plus avancé de la planète : quand ses habitants saluent le lever du soleil, la veille s'attarde encore sur la moitié du globe. L'atoll, le plus vaste au monde par sa surface émergée, dessine dans le Pacifique central un anneau de terre corallienne criblé de lagons intérieurs, si isolé que la terre habitée la plus proche se compte en milliers de kilomètres. Les rares navires qui s'y arrêtent mouillent au large et débarquent en annexe : une vraie escale de bout du monde.
L'île de Noël du capitaine Cook
James Cook aborde l'atoll la veille de Noël 1777 et le baptise Christmas Island — devenu Kiritimati, transcription gilbertine du mot anglais, prononcée « Kirismas ». L'histoire moderne y a laissé des traces plus lourdes : à la fin des années 1950 puis au début des années 1960, les essais nucléaires britanniques puis américains ont marqué l'île et ses habitants, chapitre sobrement rappelé par quelques vestiges militaires disséminés dans la brousse de cocotiers.
London, Paris et Banana
Les villages de l'atoll portent des noms qui font sourire les navigateurs : London, le chef-lieu où se trouve le petit débarcadère, fait face aux cocoteraies de Paris, hameau aujourd'hui à peu près abandonné de l'autre côté de la passe, tandis que Banana s'étire près de l'aérodrome et que Poland occupe, plus au sud, sa langue de corail. Les noms viendraient des planteurs et câbliers de passage au début du XXe siècle. À London, la vie s'organise autour du quai, de l'église, des échoppes et des maisons sur pilotis coiffées de tôle ou de palmes. L'accueil est direct et chaleureux; des groupes de danse traditionnelle se produisent parfois à l'arrivée des navires, torse ceint de feuilles tressées, au son des chants polyphoniques gilbertins qui comptent parmi les plus beaux du Pacifique.
Un sanctuaire à l'échelle d'un atoll
L'île entière est classée sanctuaire de faune, et certaines zones particulièrement sensibles demeurent interdites d'accès. Les lagons intérieurs et les vasières accueillent des colonies d'oiseaux marins par centaines de milliers — sternes fuligineuses, frégates, fous et phaétons —, l'une des plus grandes concentrations du Pacifique. Les excursions se font à pied ou en camionnette le long des pistes de corail concassé, entre palmeraies, marais salants et plages où les bernard-l'ermite tiennent lieu de comité d'accueil.
Le paradis des pêcheurs à la mouche
Kiritimati jouit d'une réputation enviée auprès des pêcheurs sportifs : ses immenses platiers de sable blanc, praticables à gué, comptent parmi les plus réputés qui soient pour traquer le bonefish à la mouche, dans trente centimètres d'eau cristalline. Carangues géantes et thons fréquentent les passes. La pêche, strictement encadrée, se pratique en remise à l'eau et fait vivre une partie de l'île.
S'y préparer
- Aucune infrastructure touristique : ni taxis en nombre, ni boutiques de souvenirs élaborées. C'est le prix — et le privilège — de l'isolement.
- Le dollar australien a cours; prévoir de petites coupures.
- Chapeau, eau et protection solaire s'imposent : l'équateur est à un souffle et l'ombre se fait rare hors des palmeraies.
- La houle peut compliquer le débarquement en annexe; les personnes à mobilité réduite s'informeront auprès du bord.
Le premier matin du monde
Depuis l'annexe qui rentre au navire, on regarde différemment cette ligne de cocotiers posée sur l'horizon : un anneau de corail où la planète entame ses journées, où les oiseaux se comptent en nuées et où le temps garde la mesure des marées. Peu de passagers peuvent dire qu'ils ont vu l'aube avant tout le monde. Ceux qui font escale à Kiritimati, oui.


