Des armatures de bois hautes comme des maisons s'inclinent vers l'eau, retenues par des contrepoids de pierre. Les carrelets chinois de Kochi, installés sur cette côte depuis des siècles, saluent les navires qui entrent dans la rade. L'ancienne Cochin, sur la côte du Kerala, fut l'un des grands comptoirs des épices; portugais, néerlandais et britanniques s'y sont succédé, et chacun a laissé des traces que quelques heures d'escale suffisent à croiser.
Willingdon Island, le point de départ
Les navires accostent sur l'île Willingdon, une île artificielle au centre de la rade, soit au terminal Samudrika, soit au quai d'Ernakulam voisin. Les environs immédiats restant portuaires, mieux vaut filer sans tarder vers les quartiers historiques. Le taxi ou l'autorickshaw rejoint Fort Kochi en une vingtaine de minutes; le traversier public, plus lent au total mais plein de vie, offre pour quelques roupies une traversée d'environ quinze minutes avec vue sur le va-et-vient des bateaux de pêche.
Sur les traces des empires
À Fort Kochi, les rues ombragées d'arbres immenses alignent maisons coloniales, cafés d'artistes et murs patinés par la mousson. L'église Saint-François, l'une des plus anciennes églises européennes de l'Inde, abrita la sépulture de Vasco de Gama, mort ici en 1524 avant que sa dépouille ne soit rapatriée au Portugal. Sur la grève voisine, les fameux carrelets se manœuvrent à plusieurs, et les pêcheurs invitent volontiers les curieux à tirer sur les cordages. Le soir venu, des étals proposent de faire griller le poisson fraîchement remonté.
Mattancherry, épices et synagogue
En poursuivant vers Mattancherry, les entrepôts d'épices embaument encore le poivre, le gingembre et la cardamome, richesses qui ont attiré ici la moitié du monde. Le palais hollandais, construit par les Portugais puis rénové par les Néerlandais, conserve des fresques consacrées aux épopées hindoues. Quelques rues plus loin, la synagogue Paradesi, fondée en 1568 au bout de la rue des antiquaires de Jew Town, étonne par son plafond de lustres et son sol de carreaux chinois peints à la main, tous différents. L'ensemble se parcourt à pied, entre boutiques d'antiquités et façades ocre.
| Trajet depuis le quai | Durée approximative |
|---|---|
| Quartier historique en taxi ou autorickshaw | 20 à 30 minutes |
| Traversée en traversier public | Environ 15 minutes de traversée |
| Mattancherry depuis le quartier historique | Quelques minutes en rickshaw |
Le Kerala en version condensée
Les excursions des compagnies proposent souvent une sortie sur les backwaters, ce réseau de canaux et de lagunes bordés de cocotiers qui fait la réputation de l'État. Selon le temps disponible, une navigation d'une heure ou deux à bord d'une embarcation traditionnelle donne un aperçu de cette vie amphibie, rizières, martins-pêcheurs et villages au fil de l'eau. Les plus longues escales permettent même de pousser jusqu'aux canaux d'Alappuzha, plus au sud. En ville, un spectacle de kathakali condensé initie aux maquillages verts et aux expressions codifiées de cet art théâtral du Kerala, avec parfois la possibilité d'assister au maquillage des artistes.
Saveurs de la côte
La table keralaise mérite qu'on lui garde une place, curry de poisson au lait de coco, crevettes sautées aux feuilles de cari, riz servi sur feuille de bananier dans les adresses traditionnelles. Les cafés du vieux quartier, souvent installés dans des demeures anciennes, permettent une pause fraîche entre deux quartiers.
Au retour vers la rade, les carrelets se découpent dans le contre-jour, immobiles et patients comme au premier matin. Kochi laisse ce mélange rare, des épices plein le nez, des siècles plein la tête, et la certitude que la côte de Malabar n'a pas fini de raconter ses navigateurs.


