Un coup de sifflet, un panache de vapeur au-dessus des arbres : à Lauterbach, le voyage continue sur rails. Ce petit port de l'île de Rügen, sur la Baltique allemande, est le terminus du Rasender Roland, un chemin de fer à voie étroite qui dessert les stations balnéaires de Rügen depuis 1895. Les navires de croisière fluviale et côtière qui s'y amarrent offrent ainsi à leurs passagers une escale double : un rivage paisible et une locomotive d'un autre siècle.
Le port de Putbus
Lauterbach est né en 1816 comme premier bain de mer de Rügen, fondé par le prince Guillaume Malte de Putbus, grand aménageur de la région. Le port qui s'ensuivit servait la résidence princière voisine; il accueille aujourd'hui une marina, des restaurants de poisson fumé et les petites unités de croisière qui sillonnent la Baltique. Du quai, la vue porte sur les eaux calmes du Greifswalder Bodden et sur une île boisée toute proche, Vilm.
À bord du Rasender Roland
La gare se trouve au débouché de la jetée : difficile de résister. Le Roland furieux, comme le surnomment les Allemands, roule sur ses rails de 750 mm à travers bois et champs jusqu'aux grandes plages de la côte est, desservant la cité princière, puis Binz, Sellin, Baabe et Göhren. Wagons de bois, fenêtres ouvertes, odeur de charbon : le trajet lui-même constitue l'attraction. Beaucoup de passagers poussent jusqu'à Binz ou Sellin pour découvrir l'architecture balnéaire blanche et les longues passerelles de bain qui s'avancent dans la mer.
Putbus, la ville blanche
À 2 km du port, à pied ou par le train, la résidence du prince aligne ses façades néoclassiques immaculées autour d'une place circulaire plantée d'arbres. Le prince Malte rêvait d'une résidence digne des capitales; il en reste un théâtre à colonnes, des rangées de maisons blanches et un immense parc paysager où paons et daims circulent entre les chênes. La promenade dans ce décor ordonné, presque irréel au milieu de la campagne, compte parmi les plaisirs les plus singuliers de l'escale.
Vilm, l'île interdite devenue réserve
Face à la marina, l'île de Vilm resta longtemps fermée au public : les dirigeants de l'ancienne Allemagne de l'Est y prenaient leurs vacances à l'abri des regards. Devenue réserve naturelle strictement protégée, elle abrite l'une des plus vieilles forêts de hêtres non exploitées du pays. Des visites en bateau, limitées à un petit nombre de participants par jour, partent de la marina et permettent d'en faire le tour guidé. Réserver dès que possible si l'idée séduit.
L'escale en pratique
- Gare du Rasender Roland : au pied de la jetée; billets en gare ou à bord.
- Putbus : 2 km, accessibles à pied par une allée ou en une station de train.
- Binz et Sellin : au bout de la ligne, compter la demi-journée aller-retour.
- Île de Vilm : excursions en bateau à effectif limité, au départ de la jetée.
- Sur les quais : poisson fumé et cafés face à la marina.
La Baltique des bains de mer
Rügen est la grande île des vacances allemandes, célébrée par les peintres romantiques pour ses falaises de craie et ses plages claires. Lauterbach en occupe le versant tranquille : pas de foule, des roseaux, des voiliers, un rivage où l'on marche longtemps sans croiser grand monde. C'est une autre manière d'aborder l'île, par sa porte d'origine, celle du premier établissement de bains.
Au moment où le navire largue les amarres, il arrive qu'un dernier sifflet de locomotive traverse les arbres, comme un salut. On quitte alors Lauterbach avec une pensée pour ce prince bâtisseur qui, deux siècles plus tôt, avait vu juste : ce coin de Baltique méritait bien qu'on y descende de voiture — ou de navire — pour prendre le train.


