Il faut quelques minutes pour apprivoiser Le Havre. Puis la géométrie s'installe, la lumière de la Manche glisse sur le béton clair, et l'on comprend pourquoi l'UNESCO a inscrit cette cité normande au patrimoine mondial en 2005. Détruite par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, reconstruite de 1945 à 1964 selon les plans d'Auguste Perret, elle constitue un manifeste d'architecture moderne à ciel ouvert, unique en Europe. L'escale surprend, puis conquiert.
Rejoindre le centre
Le terminal se trouve à un peu plus de deux kilomètres du cœur urbain. La marche le long des bassins reste possible mais sans grand intérêt ; mieux vaut emprunter la navette mise en place les jours d'escale, valide toute la journée, ou un taxi. Une fois sur place, tout se fait à pied : la trame reconstruite est plate, aérée, traversée de larges perspectives qui mènent l'œil jusqu'à la mer.
Perret, le poète du béton
Commencez par l'église Saint-Joseph, mémorial aux victimes des bombardements. Sa tour-lanterne octogonale s'élève à 107 mètres et, à l'intérieur, des milliers de verres colorés transforment la nef en kaléidoscope selon l'heure du jour. On reste longtemps la tête levée, saisi par ce puits de lumière. Poursuivez par l'avenue Foch et la place de l'Hôtel-de-Ville, où les immeubles révèlent le raffinement du travail de Perret : trames régulières, colonnes cannelées, teintes minérales qui changent avec le ciel. L'appartement témoin, meublé comme dans les années 1950, se visite et raconte le quotidien des familles relogées dans ces logements alors révolutionnaires, lumineux et chauffés par le sol. Non loin, la silhouette blanche et courbe du Volcan, la maison de la culture dessinée par Oscar Niemeyer, ajoute une touche brésilienne à l'ensemble.
Le MuMa et le bord de mer
Face à la mer, le musée d'art moderne André-Malraux, le MuMa, conserve la deuxième collection impressionniste de France après Paris. Boudin, Monet et leurs héritiers y dialoguent avec la lumière naturelle qui inonde le bâtiment de verre, à vingt minutes de marche du navire par le quai de Southampton. En sortant, la promenade du front de mer mène vers la plage de galets, ses cabanes et ses conteneurs colorés empilés en arche, œuvre contemporaine devenue emblème local. Pour goûter à la vie quotidienne, les Halles centrales regorgent de fromages normands, de cidre et de produits de la mer, parfaits pour un pique-nique face à la Manche.
Étretat, Honfleur ou Paris
Le Havre sert aussi de porte d'entrée vers des excursions très courues. À environ une heure de route, les falaises d'Étretat déploient leurs arches de craie blanche au-dessus d'une plage de galets ; les sentiers du sommet offrent des panoramas spectaculaires sur les aiguilles et la mer. De l'autre côté de l'estuaire, après le franchissement du pont de Normandie, Honfleur séduit avec son Vieux Bassin bordé de hautes maisons étroites et ses ruelles à pans de bois. Les plus ambitieux filent vers Paris, à un peu plus de deux heures de route : une journée dense, mais réalisable lors des longues escales.
| Destination | Accès depuis le navire |
|---|---|
| Cœur reconstruit et église Saint-Joseph | Environ 2 km, navette ou taxi |
| MuMa | 20 minutes à pied par le quai de Southampton |
| Étretat | Environ 1 heure de route |
| Honfleur | Par le pont de Normandie |
Beaucoup de passagers descendent ici en pensant à Paris ou aux falaises. Ceux qui consacrent au moins une demi-journée à la cité elle-même remontent à bord avec autre chose : le souvenir d'un lieu qui a transformé sa blessure de guerre en œuvre d'art, et d'une lumière entre béton et mer qu'aucune autre escale ne reproduit. Perret voulait rebâtir l'espoir ; on repart convaincu qu'il y est parvenu.


