Ludwigshafen ne joue pas la carte du décor ancien, et c'est peut-être ce qui la rend intéressante. Sur la rive gauche du Rhin, face à Mannheim, la ville assume son visage industrieux : grues, cheminées et laboratoires du géant chimique BASF, dont le site compte parmi les plus vastes complexes du genre au monde. Les bateaux fluviaux s'amarrent le long du fleuve, souvent à proximité de la Rhein-Galerie, un centre commercial moderne dont l'esplanade s'ouvre directement sur l'eau. L'escale sert fréquemment de porte d'entrée vers Heidelberg ou Spire, mais l'endroit lui-même réserve quelques heures bien employées à qui prend le temps de la parcourir.

Miró sur un mur, l'art en plein centre

La surprise vient d'abord du Wilhelm-Hack-Museum, son principal musée d'art. Sa façade porte une immense mosaïque céramique conçue par Joan Miró, une explosion de couleurs qui tranche sur le tissu urbain environnant et qui vaut à elle seule le détour. À l'intérieur, les collections marient l'art du XXe siècle, de l'abstraction aux avant-gardes, avec des pièces plus anciennes, dont des objets d'époque romaine trouvés dans la région. Le musée se rejoint à pied depuis les quais, au fil d'un centre reconstruit après la guerre.

Des parcs pour respirer

Ludwigshafen soigne ses espaces verts, et deux d'entre eux méritent la promenade. L'Ebertpark, aménagé pour une exposition horticole dans les années 1920, aligne roseraies, grands arbres et pavillons dans un cadre qui attire familles et joggeurs. Plus près du fleuve, le Stadtpark occupe une île entre deux bras d'eau, avec des sentiers ombragés et des vues sur le trafic fluvial. On y observe le ballet constant des convois de barges, rappel que le Rhin demeure l'une des voies navigables les plus fréquentées d'Europe.

Mannheim, juste en face

Les ponts qui enjambent le Rhin relient Ludwigshafen à Mannheim en quelques minutes de tramway. De l'autre côté vous attendent le château baroque, les rues en damier et la tour d'eau de style Art nouveau qui sert d'emblème à la rive opposée. Beaucoup de passagers profitent de l'escale pour traverser, le temps d'un après-midi. Le contraste entre les deux rives, l'une tournée vers l'industrie, l'autre vers le commerce et les études, raconte à sa manière l'histoire économique de la vallée rhénane.

Heidelberg et Spire à portée d'autocar

La position de Ludwigshafen explique sa popularité auprès des compagnies fluviales : Heidelberg, son château en ruine romantique et ses vieux quartiers universitaires se trouvent à une trentaine de kilomètres, tandis que Spire et sa cathédrale romane, l'une des plus imposantes du monde roman, se rejoignent en une demi-heure de route vers le sud. Les excursions organisées depuis le quai couvrent généralement l'une ou l'autre de ces destinations dans la demi-journée, ce qui laisse du temps pour flâner en ville au retour.

Repères pour l'escale

  • Amarrage sur les quais du Rhin, à proximité du centre; l'esplanade de la Rhein-Galerie longe le fleuve.
  • Wilhelm-Hack-Museum : art moderne et façade de Miró, accessible à pied depuis les quais.
  • Ebertpark et Stadtpark : deux parcs pour une promenade sans voiture.
  • Mannheim : traversée rapide en tramway par les ponts du Rhin.
  • Heidelberg et Spire : excursions d'une demi-journée au départ du quai.

Avant de remonter à bord

Le soir, depuis le pont supérieur, les installations de la BASF s'illuminent comme une ville dans la ville, réseau de tours et de conduites qui scintille sur des kilomètres. Ludwigshafen n'a rien d'une escale conventionnelle, et elle ne cherche pas à le cacher. Elle montre un Rhin au travail, celui des laboratoires et des barges, aussi réel que celui des châteaux. On repart avec le sentiment d'avoir vu l'envers du décor rhénan, et l'idée que ce fleuve raconte bien plus d'histoires qu'on ne l'imagine.