Les cloches sonnent beaucoup à Maastricht. Elles rythment l'arrivée des bateaux fluviaux qui s'amarrent le long de la Meuse, à quelques pas seulement du centre ancien. Capitale du Limbourg, coincée entre Belgique et Allemagne dans l'étroite queue méridionale des Pays-Bas, la cité revendique des origines romaines : Mosae Trajectum, « le passage de la Meuse ». Deux mille ans plus tard, on y passe toujours, mais on s'y attarde surtout, car peu de villes néerlandaises offrent une telle densité d'églises, de places et de terrasses dans un périmètre aussi marchable.

Le pont Saint-Servais, doyen du pays

Première étape naturelle depuis l'embarcadère : le Sint Servaasbrug, pont de pierre aux arches médiévales, considéré comme le plus ancien des Pays-Bas. Le traverser à pied, entre cyclistes et promeneurs, donne d'emblée la mesure du lieu : d'un côté le quartier vivant de Wyck avec ses boutiques indépendantes, de l'autre le centre ancien et ses clochers. Au fil de l'eau passent péniches et bateaux-promenades, rappel que la Meuse fut longtemps la grande route commerciale de la région.

Le Vrijthof et les deux tours

Toutes les rues ou presque mènent au Vrijthof, vaste place bordée de cafés où les habitants s'installent dès le premier rayon de soleil. Deux édifices s'y font face comme de vieux complices : la basilique Saint-Servais, chef-d'œuvre roman qui abrite le tombeau du saint et un trésor d'orfèvrerie médiévale, et l'église Saint-Jean, reconnaissable à sa tour rouge que l'on peut gravir pour dominer les toits. Le contraste des deux silhouettes, la rouge et la grise, résume Maastricht : catholique et frondeuse, monumentale et conviviale. Non loin, la basilique Notre-Dame veille sur sa chapelle mariale illuminée de centaines de lampions, l'un des lieux les plus émouvants de la ville.

Une librairie dans une église

La curiosité la plus photographiée de la cité se cache dans une ancienne église dominicaine du XIIIe siècle : la librairie Boekhandel Dominicanen. Sous les voûtes gothiques, une structure de plusieurs étages remplie de livres s'élève jusqu'aux fresques; on y monte comme dans un beffroi, un roman à la main. Le café installé dans le chœur permet de prolonger la halte. Les amateurs de vieilles pierres poursuivront vers la Helpoort, porte de ville du XIIIe siècle, la plus ancienne conservée du pays, et les remparts qui longent le parc municipal où paissent des moutons.

Sous la colline, un labyrinthe

À la lisière sud du centre, la colline Saint-Pierre cache un réseau de galeries creusées à main d'homme dans la marne, exploitées dès le Moyen Âge pour la pierre de construction. Des visites guidées, lanterne en main, parcourent ces couloirs frais où réfugiés et œuvres d'art trouvèrent abri pendant les guerres. Le fort du XVIIIe siècle qui coiffe la colline offre en prime une vue étendue sur la vallée de la Meuse.

Saveurs limbourgeoises

Maastricht se vante, sondages à l'appui, d'être la capitale gourmande des Pays-Bas. Sans aller jusqu'aux tables étoilées, l'escale permet d'y goûter :

  • la vlaai, grande tarte limbourgeoise aux fruits, servie dans toutes les pâtisseries;
  • le fromage de la région et les bières locales, à déguster en terrasse;
  • les marchés du mercredi et du vendredi sur la place de l'hôtel de ville, hauts en couleur.

Les rues commerçantes autour du Stokstraatkwartier, pavées et bordées de façades des XVIIe et XVIIIe siècles, comptent parmi les plus élégantes du Benelux : flâner y est un plaisir en soi, vitrines ou pas.

Au moment de larguer les amarres, la cité se laisse regarder une dernière fois depuis l'eau : clochers, remparts, terrasses pleines. Maastricht n'a ni canaux d'Amsterdam ni moulins de carte touristique; elle a mieux, peut-être : une douceur de vivre méridionale greffée sur deux millénaires d'histoire. On comprend, en s'éloignant, pourquoi les Néerlandais eux-mêmes la considèrent comme leur ville la plus dépaysante.