Les jeepneys aux carrosseries peinturlurées, héritiers bariolés des jeeps militaires d'après-guerre, donnent le ton avant même la sortie du port : Manille avance vite, bruyamment, joyeusement. Les navires accostent au South Harbor, généralement au quai 15, à environ deux kilomètres du quartier historique. La distance semble courte, mais la circulation dense et les trottoirs inégaux plaident pour un taxi ou une navette; l'application locale de transport fonctionne bien et les courses coûtent peu. En quelques minutes à peine, le vacarme du port cède la place aux murailles espagnoles d'Intramuros.

Intramuros, la ville dans ses murs

Fondée au XVIe siècle par les colonisateurs espagnols, la « ville intra-muros » concentre l'essentiel du patrimoine de la capitale philippine. On y circule à pied ou en calèche entre les remparts, les patios et les bâtisses à balcons de bois. Le fort Santiago, à la pointe nord, garde l'embouchure du fleuve Pasig; ses jardins et son mémorial rappellent la détention du héros national José Rizal avant son exécution en 1896. Les remparts se longent par endroits en hauteur, offrant un contraste saisissant entre les pierres anciennes et les gratte-ciel de Makati au loin. Pour imaginer la vie coloniale, la Casa Manila reconstitue derrière ses murs de pierre une demeure bourgeoise du XIXe siècle, meubles précieux et patio à fontaine compris.

San Agustin, doyenne de pierre

Au cœur d'Intramuros, l'église San Agustin, achevée au début du XVIIe siècle et inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, a survécu aux tremblements de terre et aux bombardements qui ont rasé le secteur en 1945. Son plafond en trompe-l'œil et son musée attenant, installé dans l'ancien monastère, méritent une heure entière. La cathédrale de Manille, reconstruite après la guerre, se dresse à quelques rues de là, sur la place Roma.

Rizal Park et le front de baie

Aux portes des remparts, le parc Rizal étend ses pelouses, ses fontaines et son monument gardé en permanence, lieu de rassemblement des familles le dimanche. En le traversant vers l'ouest, on rejoint le boulevard Roxas et la baie de Manille, célèbre pour ses couchers de soleil sur les silhouettes des cargos à l'ancre. Le Musée national, réparti en plusieurs pavillons près du parc, expose gratuitement peintures, trésors archéologiques et art populaire philippin. Le soir venu, joggeurs et familles s'installent sur la digue pour la parade silencieuse des cargos à contre-jour.

Binondo, le plus ancien quartier chinois du monde

De l'autre côté du Pasig, Binondo revendique le titre de plus ancien quartier chinois au monde, fondé en 1594. Ses ruelles concentrent apothicaireries, temples et surtout d'innombrables restaurants où goûter dumplings, nouilles sautées et pâtisseries sino-philippines. L'église de Binondo, reconstruite plusieurs fois depuis sa fondation à la fin du XVIe siècle, veille sur la place où convergent les ruelles marchandes. L'endroit se prête à une exploration gourmande d'une heure ou deux, de préférence accompagnée d'un guide local pour dénicher les meilleures adresses.

Conseils de circulation

  • Prévoir de la marge : les embouteillages y figurent parmi les plus denses d'Asie.
  • Intramuros se parcourt idéalement à pied ou en calèche; négocier le tarif avant le départ.
  • La chaleur humide invite à commencer tôt et à prévoir des pauses climatisées.
  • Les averses tropicales passent vite : un parapluie compact rend service de juin à novembre.

Au moment de remonter la passerelle, le soleil descend souvent sur la baie et embrase les nuages au-dessus des navires à l'ancre. Manille laisse alors une impression composite : des murailles espagnoles, un parc dédié à un poète fusillé, un quartier chinois plus que quadricentenaire et une énergie urbaine qui ne faiblit jamais. Peu de capitales asiatiques superposent autant d'histoires en si peu de kilomètres carrés.