Dès l'aube, les thoniers rentrent au port sous un nuage de frégates, et les quais s'animent autour des prises de la nuit. Manta, l'un des plus grands ports thoniers du monde, accueille les paquebots dans son enceinte commerciale, à environ deux kilomètres du centre; une navette gratuite relie le quai à l'entrée de la ville en une quinzaine de minutes. La côte équatorienne se présente ici sans fard : une ville ouvrière et balnéaire à la fois, baignée d'une lumière franche et d'un air marin chargé d'iode. La ville s'est reconstruite avec énergie après le séisme de 2016, et son front de mer rénové en témoigne.

Le malecón et la plage Murciélago

Le front de mer aménagé longe la baie jusqu'à la plage Murciélago, la plus fréquentée de la baie, à une vingtaine de minutes à pied du terminal ou cinq minutes en taxi. Restaurants de fruits de mer, kiosques de jus tropicaux et vendeurs de glaces s'y succèdent; on y goûte le ceviche local, l'encebollado, soupe de poisson au manioc considérée comme le plat national du littoral, ou le viche, potage épais de poisson et d'arachide typique de la province de Manabí. Les vagues attirent quelques surfeurs, les familles préfèrent la baignade surveillée près des parasols.

Montecristi, berceau du véritable panama

L'excursion la plus intéressante mène à Montecristi, bourgade nichée au pied d'une colline à une quinzaine de kilomètres. C'est ici, et non au Panama, que l'on tresse depuis des générations les chapeaux de paille toquilla les plus fins du monde; le malentendu vient des ouvriers du canal qui les portaient au début du XXe siècle. Dans les ateliers, les tresseurs travaillent la fibre humide à l'ombre, jusqu'à huit mois pour une seule pièce de qualité supérieure, dite superfino, si souple qu'elle se plie sans casser. Le marché artisanal de la place centrale permet de comparer les finesses de tissage et de rapporter un chapeau roulé dans sa boîte. La bourgade elle-même, avec sa basilique dédiée à la Vierge de Monserrate et ses maisons basses aux balcons de bois, se parcourt en une demi-heure paisible.

Sur les traces des Manteños

Bien avant les conserveries, cette côte appartenait aux Manteños, navigateurs qui commerçaient jusqu'au Pérou sur de grands radeaux de balsa à voile. Le musée du Centre culturel de Manta expose céramiques, figurines et chaises de pierre cérémonielles retrouvées dans la région : un détour d'une heure qui donne une profondeur insoupçonnée à cette cité industrieuse.

Ciudad Alfaro et la mémoire de la côte

Sur les hauteurs de Montecristi, le complexe de Ciudad Alfaro honore Eloy Alfaro, ancien président enfant du pays, figure des libéraux équatoriens. Musée, mausolée et salles d'exposition retracent son époque et l'histoire du chemin de fer andin qu'il fit construire. La vue s'étend jusqu'à l'océan, et la fraîcheur de la colline repose de la chaleur du littoral.

Idées selon le temps disponible

  • Deux heures : malecón, plage Murciélago et dégustation de fruits de mer.
  • Une demi-journée : la colline aux chapeaux et Ciudad Alfaro.
  • Journée complète : forêt côtière de Pacoche et villages de pêcheurs des environs.

Les taxis se négocient facilement à la sortie du port, et les excursions organisées couvrent les mêmes circuits avec guide francophone ou anglophone selon les navires.

Pendant que les frégates tournoient encore au-dessus des quais, une idée s'impose : le luxe, ici, n'a rien de tapageur. Il tient dans un chapeau si fin qu'il passe, dit-on, à travers un anneau, tressé patiemment à l'ombre d'une maison de Montecristi, loin du bruit des conserveries. Manta rappelle que certains trésors se mesurent en mois de travail plutôt qu'en dorures.