Des avenues larges bordées d'acacias et de flamboyants, des façades méditerranéennes fatiguées par le sel, une baie immense où glissent les boutres : Maputo surprend ceux qui n'attendaient qu'une escale technique. Les navires accostent dans le port commercial, sur la rive ouest de la baie, à distance de marche de la Baixa, le quartier des affaires; compter une vingtaine de minutes à pied ou quelques minutes en taxi pour rejoindre les premières artères animées. L'ancienne Lourenço Marques portugaise, capitale du Mozambique depuis l'indépendance de 1975, se raconte à travers son architecture autant que par ses marchés.
La gare, monument inattendu
Peu de villes africaines peuvent s'enorgueillir d'une gare pareille. Coiffée d'un dôme vert-de-gris, habillée de marbre, de fer forgé et de colonnades, la gare centrale du début du XXe siècle figure régulièrement parmi les plus belles du monde. Les quais tranquilles accueillent expositions et locomotives anciennes; on s'y promène librement, appareil photo en main, entre les piliers ouvragés et les horloges d'époque.
De la forteresse au marché central
À quelques rues de là, la forteresse portugaise de Nossa Senhora da Conceição, trapue derrière ses murs du XVIIIe siècle, abrite canons anciens et collections historiques dans une cour paisible. En remontant l'avenue du 25-Septembre, le Mercado Central déborde de noix de cajou, de fruits tropicaux, de poissons séchés et de capulanas, ces tissus imprimés aux motifs éclatants que les Mozambicaines portent noués, vendus à la pièce ou cousus sur place. Le marchandage s'y pratique avec le sourire, en meticais ou parfois en dollars.
Fer, art déco et béton moderniste
La capitale mozambicaine compose un étonnant musée d'architecture à ciel ouvert. La Casa de Ferro, maison entièrement métallique importée d'Europe à la fin du XIXe siècle, cuit toujours au soleil près du jardin botanique Tunduru, dessiné à la fin du XIXe siècle, dont les allées ombragées invitent à souffler entre deux visites. Non loin, le Musée d'histoire naturelle occupe un bâtiment de style manuélin aux dentelles de pierre claire; ses collections consacrées à la faune mozambicaine plaisent autant que l'édifice lui-même. La cathédrale blanche, élancée comme une proue, domine la place de l'Indépendance face à l'hôtel de ville néoclassique et à la statue de Samora Machel, premier président du pays. Plus loin, immeubles art déco et tours modernistes des années 1950 à 1970 témoignent d'une ville qui fut un laboratoire d'architecture tropicale.
Saveurs de l'océan Indien
Impossible de parler de Maputo sans évoquer sa table. Les crevettes grillées au piri-piri ont fait la réputation de la ville, accompagnées de riz à la noix de coco ou de matapa, feuilles de manioc mijotées aux arachides. Les cafés hérités de l'époque portugaise servent expressos serrés et pastéis de nata sous les ventilateurs, avec une bière locale bien froide pour les fins d'après-midi. Le marché d'artisanat de la FEIMA, dans un parc ombragé, réunit sculpteurs, peintres et bijoutiers pour une pause agréable entre deux visites.
Conseils utiles
- La Baixa se parcourt à pied de jour; pour les quartiers plus éloignés, privilégier les taxis recommandés par le terminal.
- Éviter de photographier bâtiments officiels et militaires, la règle étant appliquée strictement.
- Prévoir de petites coupures pour les marchés et garder les objets de valeur à bord.
- Le portugais domine, mais l'anglais dépanne dans les commerces du centre.
Le soir, depuis le pont, les acacias se fondent en une ligne verte sous les tours, et il reste ce mélange rare : une gare digne d'une capitale européenne, des marchés à l'énergie africaine, des crevettes qui embaument le piment, et la mélancolie douce d'une ville qui a beaucoup vécu sans jamais cesser d'espérer. Maputo ne se visite pas, elle se rencontre.


