Il faut à peine cinq minutes pour passer de la passerelle aux ruelles anciennes, et c'est l'un des grands atouts de Mayence. Les bateaux fluviaux s'amarrent le long des quais du Rhin, à hauteur des vieux quartiers, et l'escale commence sans transition : un passage sous les platanes de la promenade, quelques pavés, et déjà les tours de grès rouge de la cathédrale émergent au-dessus des toits. Ville romaine, ville d'électeurs-archevêques, ville de Gutenberg : Mayence empile deux mille ans d'histoire sur la rive gauche du fleuve, à l'endroit précis où le Main rejoint le Rhin.

Mille ans sous les voûtes rouges

La cathédrale Saint-Martin occupe le centre exact du noyau ancien, entourée de places sur presque tous ses flancs. Consacrée au début du XIe siècle, elle forme avec Spire et Worms le trio des grandes cathédrales impériales du Rhin. Sa pierre rouge sombre, ses six tours et ses deux chœurs opposés déroutent d'abord; on en fait le tour comme d'une montagne, avant d'entrer dans une nef où reposent des générations de princes-archevêques qui, pendant des siècles, comptèrent parmi les personnages les plus puissants de l'Empire.

L'homme qui a changé la lecture

Mayence célèbre l'enfant du pays qui mit au point l'imprimerie à caractères mobiles vers 1450, et son musée Gutenberg conserve deux exemplaires de la Bible à quarante-deux lignes imprimée vers 1455; on chuchote devant ces volumes comme devant des reliques. En attendant son nouveau bâtiment, en chantier à son emplacement historique, le musée présente ses collections à quelques rues de là, dans les salles restaurées d'un ancien couvent de clarisses qu'il partage avec le musée d'histoire naturelle. L'exposition retrace l'aventure de l'imprimé, des premières écritures aux médias numériques. Peu de musées racontent une révolution avec des moyens aussi parlants.

Places, colombages et vitraux bleus

Derrière le chevet, le quartier du Kirschgarten aligne ses maisons à colombages autour d'une fontaine, dans des ruelles où les enseignes de fer forgé se balancent au vent. Les jours de marché, les étals de fruits, de fleurs et de fromages cernent l'édifice, et les habitants prennent l'apéritif debout entre les stands, verre de riesling à la main. En remontant vers les hauteurs, l'église Saint-Étienne réserve l'une des surprises de l'escale : ses vitraux bleus dessinés par Marc Chagall à la fin de sa vie baignent la nef d'une lumière d'aquarium, geste de réconciliation d'un artiste juif envers une ville allemande.

Le Rhin pour dernier décor

Le retour vers le navire suit naturellement les berges, aménagées en promenade continue. Les habitants y courent, y pédalent, y regardent passer les convois de barges qui filent vers Rotterdam ou Bâle. Par temps clair, la rive opposée laisse deviner les premiers coteaux du Rheingau, vignoble qui accompagne le fleuve vers l'aval. Mayence vit avec son fleuve sans lui tourner le dos, et cette familiarité se sent jusque dans les terrasses installées face à l'eau.

Repères pour l'escale

  • Amarrage sur les quais du Rhin, à environ cinq à dix minutes à pied des ruelles anciennes selon le poste.
  • Cathédrale Saint-Martin : au cœur du parcours, entrée par les places du marché.
  • Musée Gutenberg : deux bibles de 1455; collections présentées dans l'ancien couvent des clarisses en attendant le nouveau bâtiment.
  • Saint-Étienne et ses vitraux de Chagall : montée courte depuis le centre.
  • Chaussures confortables recommandées, le cœur historique est entièrement pavé.

Avant de remonter à bord

Beaucoup de passagers s'accordent un dernier arrêt au marché ou sur un banc des quais, là où tout ralentit face au courant. Mayence laisse une impression de solidité heureuse : des pierres romaines sous les caves, une cathédrale millénaire, la mémoire vivante du premier livre imprimé, et partout des gens attablés qui prennent leur temps. On remonte la passerelle en se disant que les grandes inventions naissent parfois dans des villes de taille moyenne qui savent vivre.