Il faut arriver par la baie de Port Phillip pour saisir la place que la mer occupe dans l'histoire de Melbourne. Station Pier, où s'amarrent les navires de croisière, reçoit des voyageurs depuis 1854 : chercheurs d'or, soldats, puis des centaines de milliers de migrants d'après-guerre qui y ont posé pour la première fois le pied en Australie. Débarquer ici, c'est descendre par la même porte qu'eux — avec, en prime, une métropole créative de cinq millions d'habitants à moins d'une demi-heure de tramway.

Rejoindre le cœur de la ville

Depuis le terminal, une marche de quelques centaines de mètres mène à l'arrêt de Beacon Cove, d'où le tramway 109 file vers le centre en une vingtaine de minutes. Les taxis et voitures avec chauffeur complètent l'éventail. Bon à savoir : le cœur du quartier central des affaires forme une zone où les tramways circulent gratuitement, ce qui simplifie une journée d'exploration. Le réseau local est d'ailleurs l'un des plus vastes réseaux de tramway du monde, et monter à bord d'une rame fait partie des plaisirs locaux au même titre qu'un café serré.

Les ruelles, cette ville dans la ville

Melbourne se découvre par ses interstices. Entre les grandes artères quadrillées au XIXe siècle se glissent des ruelles et des arcades où bat la vie véritable :

  • Hosier Lane, dont les murs changent de visage au rythme des artistes de rue;
  • Block Arcade et Royal Arcade, galeries victoriennes aux mosaïques soignées;
  • Degraves Street et ses cafés serrés les uns contre les autres, royaume des baristas;
  • Centre Place, passage minuscule où l'on déjeune debout au milieu du brouhaha.

Aucun itinéraire officiel ne les relie toutes : on se perd, on pousse une porte, on recommence. C'est la manière locale de faire connaissance.

Autour de Federation Square

Face à la gare de Flinders Street, dont la façade jaune à dôme est devenue l'emblème de la cité, Federation Square rassemble musées et cafés dans une architecture anguleuse qui fait encore débat — les Melburniens adorent en discuter. Tout près, la National Gallery of Victoria, plus ancien musée d'art public du pays, mérite une heure ne serait-ce que pour son grand vitrail de plafond. En traversant la Yarra, les jardins botaniques royaux déploient leurs pelouses, leurs lacs et leurs allées d'eucalyptus à quelques minutes du tumulte : les cacatoès y font le spectacle sans se faire prier, et les sentiers au bord de l'eau offrent une pause bienvenue avant de replonger dans le quadrillage des rues.

Le ventre de la métropole

Au Queen Victoria Market, institution en activité depuis la fin du XIXe siècle, fromagers, poissonniers et maraîchers perpétuent l'esprit des halles sous de longues verrières. On y compose un pique-nique redoutable — fromages australiens, beignets à la confiture réputés dans toute la ville — avant de rejoindre les berges de la Yarra pour le déguster. La scène gastronomique locale, nourrie par des vagues d'immigration grecque, italienne, vietnamienne et chinoise, se passe depuis longtemps de comparaisons : elle assume son propre style, décontracté et exigeant.

L'heure du retour

Le tramway 109 ramène vers Port Melbourne face au soleil descendant, quand la baie prend des teintes d'étain. Sur la plage voisine du quai, des habitants promènent leurs chiens là où accostaient jadis les paquebots de migrants. Il reste alors quelques minutes pour mesurer ce que cette journée a eu de particulier : Melbourne ne cherche pas à éblouir d'un seul geste. Elle distille — un café, une ruelle, un marché — et c'est en remontant la passerelle qu'on réalise l'ampleur de ce qu'elle a versé.