Alfred Sisley a peint ce paysage plus de quatre cents fois, et il suffit de débarquer pour comprendre pourquoi. Le pont sur le Loing, les lavoirs, l'église qui émerge des toits, les reflets des façades dans l'eau lente : Moret-sur-Loing, cœur de la commune de Moret-Loing-et-Orvanne, compose encore aujourd'hui le tableau que le maître impressionniste ne se lassait pas de reprendre. Les bateaux fluviaux font halte au pied de la cité médiévale, aux portes de la forêt de Fontainebleau.
Une cité fortifiée du XIIe siècle
Moret fut place royale sous Philippe Auguste, verrou du domaine capétien face à la Bourgogne voisine. Il en reste un ensemble rare : deux portes fortifiées se faisant face aux extrémités de la rue principale, un donjon, des pans de remparts et des maisons à colombages penchées sur les venelles. Franchir la porte de Bourgogne, c'est entrer dans un décor resté fidèle à ses gravures anciennes, où chaque détail semble à sa place depuis huit siècles.
Sur les pas de Sisley
Le peintre vécut ses dernières années ici et y mourut en 1899. Il repose au cimetière communal, à quelques rues de son dernier atelier. Un parcours jalonné de reproductions permet de comparer les toiles aux points de vue réels : l'église Notre-Dame, qu'il représenta quatorze fois sous toutes les lumières, le pont, les berges et les peupliers. La lumière des bords du Loing, changeante et douce, explique l'obstination de l'artiste. Marcher le long de la rivière en fin de journée, quand les façades se reflètent dans l'eau, revient à traverser ses tableaux un à un.
L'église et les ruelles
Notre-Dame, commencée au XIIe siècle, mêle gothique primitif et flamboyant sous un chevet imposant. Autour, les ruelles réservent des surprises : façades sculptées de la Renaissance, cours cachées, enseignes anciennes. La rue Grande, axe unique entre les deux portes, concentre commerces et maisons remarquables, dont celle où la tradition situe le séjour de Napoléon au retour de l'île d'Elbe, une nuit de mars 1815.
Le sucre d'orge des religieuses
Depuis 1638, Moret fabrique un sucre d'orge dont les bénédictines gardèrent longtemps la recette exacte. Les berlingots ambrés se vendent toujours en boîtes métalliques illustrées, et un petit musée installé au moulin de Provencher raconte cette gourmandise de quatre siècles. Une confrérie locale en défend la tradition lors des fêtes de la commune. Le cadeau d'escale idéal tient ici en cent grammes dorés.
Idées pour la journée
- La cité se parcourt à pied en deux heures, berges comprises ; tout commence à quelques minutes de la halte fluviale.
- Le vieux pont offre le point de vue classique sur les moulins et l'église, surtout le matin.
- La forêt de Fontainebleau borde la commune ; le château royal se trouve à une dizaine de kilomètres.
- Les berges de l'Orvanne et du canal prolongent la promenade pour les marcheurs.
Avant de larguer les amarres
Une terrasse face à la rivière, une glace ou un verre de cidre du Gâtinais, et le temps ralentit à la vitesse du courant. Les canards remontent le bief, un kayak passe sous une arche, les cloches sonnent le quart. On comprend que Sisley n'ait jamais voulu partir.
Le bateau s'éloigne et la silhouette de la cité se recompose une dernière fois, clocher au centre, exactement comme sur les toiles dispersées aujourd'hui dans les musées du monde entier. Le bourg laisse cette impression singulière d'avoir marché dans une peinture encore fraîche, et l'envie de vérifier, un jour, si cette lumière change vraiment à chaque heure.


