Les hauts fourneaux annoncent Muroran bien avant le quai. Cette ville du sud de Hokkaido, surnommée la ville du fer, a bâti sa fortune sur l'acier, et son port en garde la silhouette : cheminées, portiques, et le grand pont Hakucho tendu au-dessus de la passe. Mais l'escale réserve un contre-pied : à quelques minutes de cette armature industrielle, des falaises spectaculaires tombent dans le Pacifique, et l'on vient ici, littéralement, pour voir que la Terre est ronde.
Selon les navires, des navettes relient le quai au centre et aux points de vue; les taxis complètent aisément le dispositif, les distances étant courtes.
Le cap Chikyu, balcon sur la courbure du monde
Son nom signifie « cap de la Terre », et il le mérite. Au sud de la ville, des falaises d'une centaine de mètres portent un phare blanc et une plateforme d'observation d'où l'horizon du Pacifique s'étend sans obstacle sur 180 degrés. Par temps clair, sous le vol des goélands, la ligne d'eau semble légèrement bombée, d'où le surnom du lieu : les Japonais viennent y vérifier de leurs yeux la rotondité du globe. Les couchers et levers de soleil y sont réputés dans tout Hokkaido, et le premier soleil de l'année y attire les foules malgré le froid.
Le mont Sokuryo et le pont des cygnes
Au-dessus du centre, le mont Sokuryo offre un panorama circulaire complet : la baie d'Uchiura d'un côté, l'océan de l'autre, et à ses pieds l'élégant Hakucho, « pont du cygne », l'une des plus grandes structures suspendues de l'est du Japon. L'espace vert qui entoure le sommet abrite une flore abondante et une population d'oiseaux qui fait le bonheur des observateurs locaux. C'est l'arrêt idéal entre le port et le cap, à quelques minutes de route de l'un comme de l'autre.
Dauphins au large, nouilles au curry à terre
Du printemps à l'été, des sorties en mer partent du port à la rencontre des dauphins et, avec de la chance, des petits rorquals qui fréquentent la baie. De retour à quai, le port défend deux spécialités qui le résument bien : le curry ramen, nouilles servies dans un bouillon au cari épais né ici, et le yakitori local qui, malgré son nom, se prépare au porc et se trempe dans la moutarde. Les comptoirs du centre en servent à toute heure, dans une ambiance d'après-quart d'usine qui ne triche pas. Le soir venu, les installations sidérurgiques illuminées se reflètent dans la baie, un spectacle nocturne que les Japonais viennent photographier de loin.
Vers les volcans, si l'escale s'allonge
Muroran sert aussi de porte d'entrée au pays volcanique voisin : la vallée fumante de Noboribetsu, avec ses sources chaudes parmi les plus célèbres du Japon, et le lac de caldeira Toya se rejoignent chacun en moins d'une heure de route. Les excursions organisées du bord y consacrent généralement la journée entière; les indépendants s'en tiendront au duo cap Chikyu et mont Sokuryo, largement suffisant pour remplir l'escale.
Au départ, le navire glisse sous le tablier du Hakucho pendant que les falaises du cap défilent à bâbord. Muroran ne figure pas parmi les noms qui font rêver sur un itinéraire, et c'est peut-être sa force : on n'en attendait rien, on en rapporte l'image d'un horizon courbe, le goût d'un bouillon au cari, et peut-être l'envie de revenir un soir de reflets industriels sur la baie. Les haltes imprévues sont souvent celles qu'on raconte le plus.


