Peu de villes racontent autant d'histoire par leur seule géographie. Nagasaki s'étage en amphithéâtre autour d'une baie profonde, et c'est par cette baie que tout est arrivé : les caraques portugaises, le christianisme, les marchands hollandais, puis, un matin d'août 1945, la seconde bombe atomique. L'escale confronte à tout cela, mais elle réserve aussi des jardins suspendus, des tramways brinquebalants et l'une des cuisines les plus métissées du Japon.
Un terminal au pied des collines
Les navires accostent au terminal de Matsugae, remarquablement placé : le jardin Glover et ses environs se rejoignent à pied en une dizaine de minutes, le quartier reconstitué de Dejima en une vingtaine. Pour les attraits plus éloignés, le tramway fait le travail; l'arrêt le plus proche se trouve à quelques minutes de marche du quai, et quatre lignes couvrent l'essentiel de la ville pour un tarif modique. Ces voitures anciennes, qui tanguent en gravissant les courbes, constituent une attraction en soi et simplifient une topographie autrement sportive.
Glover Garden et la colline des étrangers
Commencez par la colline qui domine votre navire. Le jardin Glover rassemble les résidences des marchands occidentaux installés après la réouverture du Japon, dont celle de l'Écossais Thomas Glover, entourées de bassins et d'escaliers mécaniques dissimulés dans la verdure; la vue plonge sur la baie et les chantiers navals. Juste à côté, la cathédrale Oura, considérée comme la plus ancienne église du pays, témoigne de la survie clandestine des chrétiens japonais pendant deux siècles et demi de persécutions, un épisode que peu de visiteurs connaissent en arrivant.
Dejima, la fenêtre du Japon fermé
En redescendant vers le centre, l'ancien îlot de Dejima mérite une heure. Durant l'isolement du pays, ce comptoir en éventail fut l'unique point de contact officiel entre l'archipel et l'Occident : quelques marchands hollandais y vivaient sous surveillance, important sciences et techniques avec leurs cargaisons. Les bâtiments restaurés, entrepôts, logements, cuisines, restituent ce huis clos avec un soin remarquable du détail. À dix minutes de là, le pont Megane-bashi, dit pont aux lunettes parce que ses deux arches et leur reflet dessinent une paire de bésicles sur la rivière, offre l'un des arrêts photo les plus aimés des habitants.
Le parc de la Paix
Le tramway conduit ensuite vers le nord de la ville, où le musée de la bombe atomique et le parc de la Paix entretiennent la mémoire du 9 août 1945. La visite est éprouvante, nécessaire, et menée avec une retenue qui force le respect; la statue monumentale du parc, main pointée vers le ciel d'où vint la menace, main tendue vers la paix, en est devenue le symbole. Prévoyez entre une heure trente et deux heures, trajet compris, et un moment de silence devant l'hypocentre. Les grues de papier déposées par milliers autour des monuments, pliées par des écoliers venus de partout, disent mieux que les textes ce que ce lieu représente pour les nouvelles générations.
Saveurs d'un port métissé
Nagasaki se goûte autant qu'elle se visite : champon, la soupe de nouilles héritée des cuisiniers chinois, castella, le gâteau introduit par les Portugais, et les tables du quartier chinois de Shinchi, l'un des plus anciens du Japon. Si l'escale se prolonge en soirée, le téléphérique du mont Inasa offre un panorama nocturne sur la baie que les Japonais classent parmi les plus beaux du pays.
On remonte à bord avec des images difficiles à concilier, jardins victoriens, comptoir hollandais, mémorial du feu nucléaire, et c'est justement cette coexistence qui fait de Nagasaki une escale à part : une ville qui a tout reçu de la mer, le meilleur comme le pire, et qui accueille les navires avec une sérénité durement acquise.


