La première chose à comprendre en descendant à Nansha, c'est l'échelle. Le terminal de croisière se dresse à l'embouchure de la rivière des Perles, dans un district portuaire ultramoderne, à une soixantaine de kilomètres du centre de Canton. La métropole que promet le nom du port existe bel et bien, avec ses quinze millions d'habitants et deux millénaires de commerce, mais elle demande du temps pour être atteinte; le voyageur avisé choisit donc sa journée en connaissance de cause, entre les attraits proches du quai et l'expédition vers la grande ville.
Un terminal pensé pour les correspondances
Le bâtiment d'accueil, vaste, moderne et efficace, communique par passage couvert avec la station de métro Nansha Passenger Port, terminus de la ligne 4. Le réseau permet de remonter vers la métropole, mais l'affaire prend nettement plus d'une heure avec correspondance : pour une escale standard, mieux vaut le savoir avant de s'y engager. Taxis et véhicules avec chauffeur se réservent à la sortie; les excursions des compagnies restent la façon la plus prévisible de rejoindre le centre historique et d'en revenir à temps, l'imprévu routier du delta n'étant jamais à exclure.
Le palais de la déesse des marins
À courte distance du terminal, le palais Tianhou de Nansha honore Mazu, protectrice des gens de mer vénérée sur tout le littoral chinois. Le complexe, l'un des plus vastes consacrés à cette divinité, escalade une colline face à l'estuaire : esplanade monumentale, statue dominant l'eau, succession de pavillons aux toits vernissés inspirés de l'architecture impériale. Encens, tambours et familles venues prier composent une scène vivante, particulièrement les jours de fête. Grimpez jusqu'aux terrasses supérieures : la récompense est un panorama sur l'estuaire où les porte-conteneurs défilent comme autrefois les jonques. C'est l'attrait le plus consistant du secteur, et une belle introduction à la culture maritime du sud de la Chine.
Les zones humides de l'estuaire
Autre visage du district : le parc des zones humides du district, surnommé le rein de Canton, déploie mangroves et canaux à la pointe du delta. On y circule en barque ou sur des sentiers surélevés, jumelles au cou, car le site accueille de septembre à mars des volées d'oiseaux migrateurs qui font escale, eux aussi, sur la route du sud. L'endroit plaira aux passagers en quête de calme après plusieurs jours de navigation urbaine.
Canton pour les ambitieux
Si votre navire reste amarré une journée complète, le centre historique devient jouable en excursion organisée : maisons anciennes de l'île de Shamian, temple des ancêtres de la famille Chen aux toits sculptés de scènes d'opéra, croisière urbaine au pied de la tour de Canton illuminée. La gastronomie cantonaise, mère de tant de cuisines chinoises d'outre-mer, vaut à elle seule le déplacement : dim sums à la vapeur, canard laqué, thés au chrysanthème servis dans des maisons centenaires. Comptez toutefois la moitié du temps en transport, aller-retour compris.
Bon à savoir
Le yuan s'impose partout, souvent via paiement mobile; prévoyez un peu d'argent comptant, tous les commerces n'acceptant pas les cartes étrangères. Les inscriptions en anglais demeurent rares hors du terminal, et une carte hors ligne du secteur rend de fiers services.
Nansha récompense ceux qui ajustent leurs attentes : plutôt que de courir après une métropole lointaine, on peut passer ici une journée sereine entre un temple face à la mer et des mangroves peuplées d'échassiers. Et si la grande ville vous échappe cette fois, l'estuaire aura au moins montré d'où elle tire sa force depuis toujours : de l'eau, du commerce et du va-et-vient des navires. Les croisières asiatiques repassent souvent par la rivière des Perles; vous saurez alors exactement quoi viser.


