On la surnomme la Dame grise. Quand la brume enveloppe ses bardeaux de cèdre argentés par le sel, Nantucket semble flotter quelque part entre le XIXe siècle et l'Atlantique. Les navires de croisière mouillent devant la rade et transbordent leurs passagers vers les quais du centre, accueillis au passage par le petit phare de Brant Point, sentinelle de l'entrée du chenal depuis 1746 et l'un des plus photographiés de la Nouvelle-Angleterre. Dès les premiers pas, le décor est posé : l'île entière est classée district historique national.

La capitale mondiale de la chasse à la baleine

Au tournant du XIXe siècle, cette île de sable d'à peine 23 kilomètres de long dominait l'industrie baleinière de la planète. Ses capitaines poursuivaient les cachalots jusque dans le Pacifique, et leurs cargaisons d'huile éclairaient les rues de Londres comme celles de Boston. Herman Melville s'inspira du naufrage de l'Essex, navire d'ici défoncé par un cachalot en colère, pour écrire Moby Dick. Cette épopée s'expose au Whaling Museum, installé dans une ancienne fabrique de chandelles de 1847 : squelette de cachalot de 14 mètres suspendu dans la grande salle, canots de chasse, harpons, journaux de bord, lentille de Fresnel monumentale et scrimshaws, ces dents gravées par les marins durant les interminables traversées. La terrasse sur le toit, accessible à tous, domine les toits gris et la rade — prévoyez deux bonnes heures pour l'ensemble.

Pavés venus d'Europe

En sortant du musée, Main Street monte doucement entre deux rangées de demeures d'armateurs, des façades de brique rouge aux maisons quakers d'une sobriété volontaire. Ses pavés inégaux ont une origine singulière : arrivés comme lest dans les cales des navires revenant d'Europe, ils furent posés dans les années 1830 pour assainir la rue boueuse. L'ensemble a été préservé précisément parce que le déclin de la chasse à la baleine a figé l'île avant l'ère industrielle ; il suffit d'éteindre mentalement les vitrines pour se croire en 1845, à l'heure où les vigies guettaient le retour des trois-mâts. Un règlement veille d'ailleurs jalousement sur cette unité : bardeaux naturels, volets sages et enseignes discrètes demeurent la norme d'un bout à l'autre de l'île, jusque dans les constructions neuves.

Wharfs et paniers de légende

Le long de l'eau, Straight Wharf et Old South Wharf alignent d'anciennes cabanes de pêcheurs converties en galeries et en boutiques, géraniums aux fenêtres. On y trouve l'objet fétiche de l'île : le panier de Nantucket, tressé à l'origine par les équipages des bateaux-phares mouillés au large pour tromper l'ennui des quarts, devenu au fil du temps un artisanat raffiné dont les plus belles pièces se transmettent en héritage. Les ateliers qui perpétuent la technique se laissent volontiers observer, mains et rotin à l'œuvre, et l'Atheneum voisin, bibliothèque à colonnes blanches de style néo-grec, mérite lui aussi un coup d'œil.

Au-delà du bourg

  • Les vélos se louent près des quais ; une piste mène en une demi-heure au hameau de Sconset et à ses cottages couverts de rosiers grimpants.
  • Les plages de la côte sud, larges et battues par les rouleaux, se prêtent à une marche face au grand large, là où l'île n'oppose plus rien à l'océan avant les Açores.
  • Le phare de Brant Point, à quinze minutes à pied du centre, offre le meilleur poste pour photographier les allées et venues des traversiers.

Le mot de la fin

Nantucket ne joue pas au décor d'époque : elle n'a simplement jamais cessé d'être elle-même. Lorsque l'annexe repart vers le navire et que les bardeaux gris se fondent dans la brume, on comprend pourquoi tant de familles y reviennent chaque été depuis des générations — et l'on commence, déjà, à préparer son propre retour.