Sur une charte impériale de l'an 996 apparaît, pour la première fois, le mot Ostarrichi. Ce nom, qui deviendra Österreich puis Autriche, est lié à un domaine précis : Neuhofen, aujourd'hui paisible bourg du Mostviertel, en Basse-Autriche. C'est ce document qui vaut à l'endroit d'accueillir les passagers des croisières fluviales du Danube : on vient y toucher du doigt l'acte de naissance d'un pays. Les navires s'amarrent sur la rive du Danube à proximité, et des autocars assurent en quelques minutes le court trajet à travers les collines du Mostviertel.

Le pays du moût

La route qui mène au bourg traverse un paysage de prés vallonnés ponctués de poiriers isolés, plantés en plein champ comme des sentinelles. Le Mostviertel, littéralement le quartier du moût, tire son nom du cidre de poire que les fermes produisent depuis des générations. Les grandes exploitations carrées à cour intérieure, typiques de la région, apparaissent au détour des virages. C'est un monde rural et discret, loin des salles de concert viennoises, et ce contraste fait précisément l'intérêt de l'arrêt.

Ostarrichi, un mot devenu pays

Au centre du village, le mémorial Ostarrichi et son espace culturel racontent comment une simple mention sur un parchemin est devenue le symbole d'une identité nationale. Le document de 996, par lequel l'empereur Otton III cédait des terres à l'évêché de Freising, décrit le domaine comme situé dans la région appelée Ostarrichi. L'exposition déroule ensuite mille ans d'histoire autrichienne, des margraves médiévaux à l'entrée dans l'Union européenne, en passant par les heures sombres du XXe siècle, traitées sans détour. L'original du parchemin est conservé dans les archives d'État à Munich; on découvre ici un fac-similé soigné, entouré d'explications claires. Le tout se parcourt en une heure environ et donne un fil conducteur précieux pour la suite de l'itinéraire danubien. L'Autriche a d'ailleurs fêté son millénaire en 1996, et la commune se retrouva naturellement au centre des célébrations.

Le village lui-même

La localité se découvre ensuite à pied, sans hâte. L'église paroissiale domine la place de son clocher effilé; les maisons basses aux façades pastel s'alignent autour, et les conversations s'échangent devant la boulangerie. Aucun monument spectaculaire à cocher ici, et c'est tant mieux : l'escale vaut pour l'atmosphère d'un bourg autrichien résolument quotidien, où les visiteurs restent des invités plutôt qu'un public.

Saveurs du Mostviertel

Selon les excursions proposées, la visite se prolonge parfois dans une ferme cidricole des environs. On y goûte le most, sec ou doux, accompagné de pain de campagne, de lard et de fromages fermiers, servis sur de longues tables de bois où les conversations s'engagent d'elles-mêmes entre passagers et hôtes. Les producteurs expliquent volontiers la fierté locale : ici, la poire joue le rôle que le raisin tient ailleurs en Autriche, et les vergers-hautes-tiges font partie du patrimoine paysager au même titre que les églises. Au printemps, la floraison blanchit les collines entières; à l'automne, les pressoirs embaument les cours de ferme.

En redescendant vers le Danube

Au retour, le fleuve réapparaît entre les collines, avec le navire amarré en contrebas. Neuhofen an der Ybbs n'occupera qu'une demi-journée de la croisière et ne cherche pas à rivaliser avec Vienne ou Melk. Le village offre autre chose : l'occasion singulière d'avoir contemplé le lieu précis où un pays a reçu son nom, et d'avoir traversé, le temps d'un après-midi, une campagne qui vit à son propre rythme depuis mille ans.