Les croisières sur le Gange commencent loin du fleuve sacré : c'est dans la capitale indienne que la plupart des itinéraires prennent leur départ, le temps de deux ou trois journées à terre avant de rejoindre le navire. Ce prélude urbain n'a rien d'une formalité. New Delhi superpose deux mondes que tout oppose : les avenues plantées d'arbres de la ville nouvelle, dessinée par les Britanniques au début du XXe siècle, et le labyrinthe grouillant de la vieille cité moghole. Passer de l'une à l'autre, c'est déjà voyager.

La vieille Delhi, au coude à coude

Commencez par le cœur ancien, de préférence le matin. Le Fort rouge dresse ses murailles de grès sur plus de deux kilomètres, rappel de la puissance de l'empereur Shah Jahan, qui y établit sa cour au XVIIe siècle. En face, l'artère de Chandni Chowk s'enfonce dans un enchevêtrement de ruelles où chaque venelle a sa spécialité : saris, épices, bijoux, guirlandes de fleurs. Le rickshaw à pédales reste la meilleure façon d'y circuler, porté par le flot des scooters et des porteurs. À deux pas, la Jama Masjid, l'une des plus vastes mosquées de l'Inde, ouvre sa grande cour dallée où le vacarme retombe d'un coup.

New Delhi, la ville des avenues

Changement complet de décor au sud : la ville administrative aligne perspectives monumentales, ronds-points fleuris et bâtiments officiels à colonnades. La porte de l'Inde, arche de pierre dédiée aux soldats indiens tombés lors de la Première Guerre mondiale, marque le centre de gravité de cet ensemble impérial. Non loin, le mémorial du Raj Ghat, simple dalle de marbre noir posée dans un jardin, honore Gandhi à l'endroit de sa crémation; le contraste entre la sobriété du lieu et l'agitation de la métropole marque durablement. Les jardins de Lodi, un peu plus au sud, parsèment leurs pelouses de tombeaux à dômes des sultanats médiévaux : coureurs matinaux, perruches et pique-niques s'y partagent l'ombre des grands arbres.

Deux chefs-d'œuvre classés

Deux sites inscrits au patrimoine mondial méritent qu'on leur réserve une demi-journée. Le tombeau de Humayun, précurseur direct du Taj Mahal, pose son dôme blanc sur un jeu parfait de grès rouge et de jardins quadrillés de canaux; on y comprend d'où vient toute l'architecture moghole qui suivra. Plus au sud, le minaret de Qutb s'élève à 73 mètres, tour de grès sculptée de calligraphies dressée là depuis le XIIIe siècle, au milieu des vestiges de la première cité musulmane de la région.

Saveurs et bazars

Entre deux visites, la capitale se goûte : currys crémeux du Nord, pains naans tirés du tandoor, thé aux épices servi brûlant dans de petits gobelets, kulfis à la pistache pour les fins de repas. Prévoyez des pauses : la chaleur et la densité de la métropole se dosent, surtout en début de séjour. Les marchés couverts et les galeries marchandes autour de Connaught Place permettent de rapporter thés, tissus et artisanat sans quitter le centre. Votre accompagnateur de croisière saura orienter vers les tables sûres, un conseil qui vaut de l'or pour un premier séjour indien.

Vers le fleuve

Après ces journées denses, le groupe reprend la route ou les airs vers le Gange et son navire. La capitale aura servi de sas d'entrée : les yeux se sont habitués aux couleurs, les oreilles au tumulte, et l'appétit s'est aiguisé. Le fleuve sacré racontera une autre Inde, plus lente et rituelle; la capitale, elle, aura offert la première plongée, celle dont on se souvient précisément parce qu'elle bouscule.