Des centaines de mâts oscillent dans la baie de Narragansett, des goélettes croisent sous voiles, et derrière ce ballet nautique s'élèvent les toits d'ardoise des plus extravagantes résidences d'été jamais bâties en Amérique. Newport, capitale de la voile et vitrine de l'Âge doré, reçoit ses visiteurs par la mer comme il se doit : les navires mouillent à l'ouest de Goat Island et les annexes accostent en une dizaine de minutes au parc Perrotti, à un pâté de maisons des boutiques de Thames Street, avec centre d'accueil et musiciens de rue en prime les beaux jours.
Les palais de l'Âge doré
À la fin du XIXe siècle, les Vanderbilt, Astor et autres dynasties industrielles firent de cette petite cité coloniale leur terrain de villégiature, y érigeant des « cottages » de 70 pièces inspirés des palais européens. Plusieurs se visitent, à commencer par The Breakers, démesure de style Renaissance italienne posée face à l'Atlantique, et Marble House, fantaisie de marbre blanc directement inspirée du Petit Trianon. Les intérieurs, entre ors, mosaïques, plafonds peints et salles de bal, racontent une Amérique qui inventait alors sa propre aristocratie le temps de six semaines d'été — et les sous-sols, où travaillaient des dizaines de domestiques, en montrent l'envers avec une honnêteté bienvenue.
Le Cliff Walk, entre pelouses et embruns
Pour saisir le contraste qui fait Newport, rien ne vaut le Cliff Walk : ce sentier de 5,6 kilomètres serpente au sommet des falaises, coincé entre l'océan qui gronde en contrebas et les jardins des grandes demeures. L'accès est libre, les points d'entrée nombreux, et le tronçon proche des Quarante Marches, cet escalier qui descend au ras des vagues, se parcourt aisément en une heure aller-retour, embruns compris les jours de houle. Par temps clair, les surfeurs de la plage d'Easton complètent le tableau côté est.
Wharfs, tavernes et ruelles coloniales
Retour au niveau de la mer : autour de Bowen's Wharf et de Bannister's Wharf, les anciens entrepôts de gréement abritent désormais tavernes à homard, chandelleries et boutiques nautiques. Le quartier colonial voisin, l'un des mieux préservés du pays, aligne le long de ses ruelles éclairées au gaz des maisons de bois antérieures à la Révolution, la White Horse Tavern, qui sert à boire depuis 1673, et la synagogue Touro, la plus ancienne des États-Unis encore debout. Les amateurs pousseront jusqu'à Bellevue Avenue, où le Temple international de la renommée du tennis occupe un casino victorien à tourelles, gazon d'origine compris.
S'organiser depuis le quai
| Attrait | Accès depuis le parc Perrotti |
|---|---|
| Thames Street et les wharfs | À pied, dès la sortie du débarcadère |
| Quartier colonial et synagogue Touro | 10 minutes à pied |
| The Breakers et Bellevue Avenue | 15 minutes en taxi ou navette saisonnière |
| Cliff Walk | Combiné à la visite des grandes demeures, entrée par Memorial Boulevard |
Retour par la baie
Beaucoup terminent la journée par où Newport excelle : l'eau. De 1930 à 1983, la Coupe de l'America s'est courue au large d'ici, et la ville n'a jamais cessé de vivre au rythme des régates ; le fort Adams, imposante forteresse de granit qui garde l'entrée de la rade, accueille aujourd'hui les grands festivals de jazz et de folk qui font sa renommée estivale. Les sorties d'une heure et demie sur d'anciens voiliers de course font le tour de la baie, croisant phare, forts et manoirs dans la lumière du soir, parfois escortées par les voiles-écoles du coin. Lorsque l'annexe ramène ensuite les passagers vers le navire, la ville s'étire sur sa colline, clochers et mâts confondus, et chacun mesure ce qu'elle offre de singulier : trois siècles d'histoire américaine, du berceau colonial aux fastes dorés, résumés en une seule promenade côtière.


