Plus de 2000 ans d'histoire regardent couler la Waal. Nijmegen, fondée à l'époque romaine sur les collines qui dominent ce bras majeur du Rhin, revendique le titre de plus ancienne ville des Pays-Bas. Les bateaux de croisière fluviale s'amarrent le long de la Waalkade, promenade riveraine animée de restaurants et de galeries, au pied même de la vieille ville. Il suffit de franchir la passerelle, à quelques minutes à pied des premières ruelles commerçantes, pour commencer la remontée du temps : des campements de légionnaires aux combats de la Seconde Guerre mondiale, en passant par le palais de Charlemagne.

Le Valkhof, colline des empereurs

À quelques minutes du quai, le parc du Valkhof occupe l'emplacement d'un ancien camp romain devenu, des siècles plus tard, palais impérial carolingien. Charlemagne y séjourna ; il subsiste de cette époque une chapelle aux allures de rotonde et des ruines romantiques dressées parmi les arbres et soigneusement entretenues, avec de larges échappées sur le fleuve et son trafic incessant de barges. C'est le meilleur endroit pour saisir la géographie de la ville : le courant puissant, le pont routier lancé d'une rive à l'autre, et les toits du centre ancien à ses pieds. Tout à côté, le musée Het Valkhof expose les trouvailles romaines de la région, casques, verreries et fragments de fresques exhumés des collines mêmes où l'on se tient.

La Grote Markt et l'église Saint-Étienne

En s'enfonçant dans les rues commerçantes, on rejoint la Grote Markt, cœur marchand de la cité depuis le Moyen Âge, bordée de cafés installés sous les pignons. Tout près, l'église Saint-Étienne dresse sa masse gothique remaniée au fil des siècles ; son intérieur dépouillé porte les traces des tempêtes de l'histoire, des guerres de religion aux bombardements de 1944. Autour, les ruelles mêlent boutiques indépendantes, librairies et terrasses étudiantes : l'université donne à la cité une jeunesse et une énergie que l'on ressent à chaque coin de rue. Chaque été, les célèbres marches de quatre jours, doyennes des grandes randonnées populaires, remplissent d'ailleurs ces mêmes rues de dizaines de milliers de marcheurs venus du monde entier.

1944, la mémoire de la Libération

Peu de villes néerlandaises ont payé la guerre aussi cher. En février 1944, un bombardement dévasta le centre ; en septembre, l'opération Market Garden fit de Nijmegen un champ de bataille décisif, avec la traversée héroïque de la Waal par les parachutistes américains. Le musée national de la Libération, dans les environs, retrace ces journées qui ont scellé le destin de la région. En ville, la montée sur le grand pont offre un point de vue chargé de sens : c'est cet ouvrage que les Alliés voulaient prendre intact, et sa silhouette d'acier enjambe toujours le courant.

Flâneries entre parcs et remparts

  • Le Kronenburgerpark conserve tours et pans des murailles médiévales dans un écrin de verdure autour d'un étang.
  • Le musée du vélo Velorama, sur la Waalkade même, aligne deux siècles de bicyclettes dans le pays qui en a fait un art de vivre.
  • La montée au milieu du pont de la Waal récompense les marcheurs d'un panorama complet sur la vieille ville.

Le fleuve comme fil de l'histoire

Au moment de larguer les amarres, la Waalkade s'anime dans la lumière du soir et les terrasses se remplissent. Nijmegen laisse une impression singulière : celle d'une ville qui a tout traversé, les empires comme les destructions, sans perdre ni sa jeunesse ni son goût de vivre. Le voyageur fluvial y gagne une escale dense, où chaque promenade croise une strate différente du passé européen. La Waal poursuit sa route vers la mer ; la curiosité pour cette région des grands fleuves, elle, ne fait que commencer.