On descend la passerelle et l'on se fait saluer d'un « bonjour » : pour un voyageur québécois, Nouméa a d'emblée quelque chose de familier. Baguettes sous le bras, terrasses de cafés, pharmacies aux croix vertes — la France, mais plantée au bord du plus grand lagon du monde, inscrit au patrimoine de l'UNESCO. La capitale de la Nouvelle-Calédonie offre l'une des escales les plus commodes de tout le Pacifique Sud : la gare maritime touche au centre-ville, le français ouvre toutes les portes et la monnaie locale s'obtient au guichet voisin.
Le centre à portée de pas
Dix minutes de marche suffisent pour rejoindre la place des Cocotiers, cœur ombragé de la cité, entourée de kiosques, de flamboyants et de façades coloniales; des jeux d'eau y rafraîchissent les enfants pendant que les anciens disputent leur partie de pétanque. Tout près, le marché de Port Moselle bourdonne en matinée sous ses toits hexagonaux : thons entiers, ignames, ananas, beignets et artisanat kanak s'y côtoient dans une ambiance bon enfant. C'est l'endroit rêvé pour saisir la double culture du territoire, française et océanienne, qui se mélange dans les assiettes comme dans les conversations — goûtez, si l'occasion se présente, au bougna, le plat traditionnel mijoté au lait de coco dans des feuilles de bananier.
Les baies et leurs plages
Passé le centre, la cité s'enroule autour d'une succession de baies. La baie des Citrons et l'Anse Vata, à une dizaine de minutes en voiture, en navette ou à bord du petit train touristique, alignent sable clair, promenades plantées de palmiers et restaurants les pieds dans l'eau. La baignade y est douce et surveillée, les véliplanchistes profitent des alizés, et l'aquarium des lagons, en bordure de l'Anse Vata, présente coraux fluorescents, tortues et le fameux nautile dans des bassins d'eau de mer naturelle. Au bout de la pointe, la colline de l'Ouen Toro récompense une courte montée par une vue circulaire sur les récifs qui blanchissent au large; deux canons de la Seconde Guerre mondiale y veillent encore, vestiges du temps où le Pacifique Sud retenait son souffle.
La culture kanak au sommet de l'architecture
À huit kilomètres du centre se dresse l'un des plus beaux bâtiments du Pacifique : le centre culturel Tjibaou, signé Renzo Piano. Ses dix grandes « cases » de bois et d'acier, inspirées des constructions kanak et tournées vers la mangrove, abritent expositions, sculptures et jardins consacrés à la culture du peuple premier de l'archipel. On y passe aisément deux heures, entre les sentiers botaniques et les salles où s'expliquent la coutume, l'igname et la parole des chefs. Pour comprendre la Nouvelle-Calédonie au-delà des plages, c'est ici qu'il faut venir, et les taxis comme les navettes d'excursion en font l'aller-retour sans difficulté. Le bâtiment porte le nom de Jean-Marie Tjibaou, figure de la réconciliation du territoire, et cette dimension donne à la visite une profondeur qui dépasse l'architecture.
Le phare au milieu des récifs
Les escales longues permettent une échappée devenue classique : l'îlot Amédée et son phare de fer de 56 mètres, fabriqué à Paris en pièces détachées puis remonté sur place en 1865 pour guider les navires à travers la passe. Les navettes maritimes partent de Port Moselle et mettent environ 45 minutes à traverser le plan d'eau turquoise; on grimpe les marches en colimaçon, on observe tortues et raies depuis la plage, puis l'on revient en ville pour l'appareillage. Depuis le pont, au départ, la capitale s'étire entre ses collines et sa barrière de corail, tricolore et océanienne à la fois. Peu d'escales offrent un tel raccourci : la douceur française, la profondeur kanak et des eaux classées au patrimoine mondial, le tout dans une seule journée de marche facile.


