Des remparts de brique rouge se reflètent dans l'Elbe, et c'est par eux que Nymburk se présente aux bateaux fluviaux. Fondée vers 1275 par le roi de Bohême Ottokar II, cette petite cité à 45 kilomètres à l'est de Prague a conservé un caractère que les grandes étapes du fleuve ont parfois perdu : celui d'une ville tchèque ordinaire, avec sa place, sa brasserie et ses habitants qui pédalent le long de l'eau.
Une couronne de briques
Depuis l'embarcadère, quelques minutes suffisent pour rejoindre les fortifications médiévales. Leur particularité saute aux yeux : là où la Bohême bâtissait en pierre, Nymburk a élevé ses murs en brique, un choix rare dans le royaume au 13e siècle. Un long pan crénelé subsiste, doublé par les anciens fossés devenus promenades ombragées, les Velké Valy et Malé Valy. On y marche entre les murs rouges et les jardins, dans un silence à peine troublé par les cloches.
L'église Saint-Gilles
Le même matériau domine l'église Saint-Gilles, construite entre 1280 et 1380, dont le vaisseau gothique de brique s'élève au-dessus des toits du centre. À l'intérieur, les guides locaux aiment montrer une curiosité de l'autel : une figurine dotée de deux pieds gauches, erreur ou clin d'œil d'artisan que les siècles n'ont jamais corrigée. Autour de l'église, la place principale rassemble l'hôtel de ville Renaissance, des façades aux tons pastel et des cafés où le temps s'étire.
Sur les pas de Bohumil Hrabal
La cité occupe un rang à part dans la littérature tchèque. Bohumil Hrabal, l'auteur de Trains étroitement surveillés et d'Une trop bruyante solitude, a grandi ici, dans l'enceinte même de la brasserie que dirigeait son beau-père. Ses souvenirs d'enfance ont nourri des pages entières où la bière, les cuves et les personnages excentriques du cru deviennent matière à récit. La brasserie fonctionne toujours, et sa production porte fièrement la référence à l'écrivain. Marcher dans Nymburk, c'est traverser un décor que Hrabal a rendu éternel : le fleuve, les remparts, les bavardages de comptoir. Les amateurs prolongeront avec une bière locale servie au comptoir d'une taverne : difficile de relire ensuite une page de l'écrivain sans en retrouver le goût.
L'île sur l'Elbe et le château d'eau
Face au centre, une île boisée aménagée en parc s'étend au milieu du fleuve, accessible par une passerelle. Les familles y pique-niquent, les pêcheurs y tendent leurs lignes, et la vue sur les murs de brique depuis la rive opposée compose la meilleure image de l'ensemble. En revenant vers le centre, levez les yeux sur le château d'eau Art nouveau, silhouette élégante et inattendue qui rappelle que la localité fut aussi une ville de cheminots, carrefour ferroviaire important au tournant du 20e siècle.
Une escale à hauteur d'homme
Tout se fait ici à pied, sans hâte. Comptez une heure pour le tour des remparts et de la place, autant pour l'île et les berges. Les tavernes servent une cuisine de Bohême sans détour, goulasch, knedliky et bière locale, à des prix qui étonnent après les capitales. Les cyclistes de la véloroute de l'Elbe, qui suit le fleuve de la Bohême jusqu'à Hambourg, s'y arrêtent volontiers, et leur présence donne aux terrasses un air de halte d'étape. Dans les boulangeries, les kolaches, brioches rondes garnies de pavot, de prune ou de fromage blanc, se mangent encore tièdes sur un banc des remparts. C'est une halte qui ne cherche pas à éblouir : elle laisse plutôt le sentiment d'avoir été reçu chez les gens, dans leur quotidien.
Hrabal a consacré à Nymburk un livre au titre parlant, La petite ville où le temps s'arrêta. En larguant les amarres, on comprend que le titre reste mérité, et l'on emporte un peu de cette lenteur précieuse vers l'étape suivante.


