Peu de capitales se laissent aborder aussi doucement. Le navire remonte l'Oslofjord pendant une bonne heure, entre îles boisées, chalets d'été et voiliers, avant que la ville n'apparaisse au fond de sa baie, adossée à des collines de forêt. Les quais de croisière se trouvent au pied de la forteresse d'Akershus, en plein centre : ici, pas de terminal éloigné ni de navette obligatoire. On descend la passerelle et, quinze minutes plus tard, on marche déjà dans les rues de la capitale norvégienne.

La forteresse et le vieux port

Commencer par Akershus va de soi, puisque les remparts dominent directement les postes d'amarrage. Cette forteresse médiévale, entreprise à la fin du XIIIe siècle, a défendu la capitale, servi de résidence royale et de prison; ses cours, ses bastions et ses points de vue sur le fjord se parcourent librement. En contrebas, le quartier de Kvadraturen aligne les façades du XVIIe siècle, puis le front de mer mène vers l'hôtel de ville aux deux tours de brique, où se remet chaque année le prix Nobel de la paix. Toute cette première boucle se fait à pied, sans forcer.

L'opéra qui se marche

Vers l'est, le quartier de Bjørvika résume l'Oslo contemporaine. L'Opéra, immense plan de marbre blanc incliné vers l'eau, invite les passants à monter sur son toit; la promenade jusqu'au sommet fait partie des gestes obligés de toute visite, gratuite et ouverte à tous. Juste à côté, le musée Munch expose sur treize étages l'œuvre du peintre du Cri, tandis que la bibliothèque publique voisine mérite un coup d'œil pour son architecture intérieure. Ce secteur entier sortait de terre il y a peu; il donne la mesure d'une capitale qui se réinvente sans renier son fjord.

Karl Johans gate et les classiques

L'artère principale, Karl Johans gate, relie la gare centrale au palais royal en passant devant le Parlement, l'université et le Théâtre national. La remonter, c'est prendre le pouls d'Oslo : terrasses, musiciens de rue, boutiques et jardins publics. Au bout, le palais royal se dresse sur sa butte, gardé par des sentinelles en uniforme; la relève de la garde, en début d'après-midi, attire les curieux. Les amateurs d'art bifurqueront vers le Musée national, qui réunit sous un même toit la plus vaste collection d'art du pays, dont une version célèbre du Cri de Munch.

Bygdøy, la presqu'île des explorateurs

De l'autre côté de la baie, la presqu'île de Bygdøy concentre les musées maritimes qui ont fait la légende norvégienne. Le musée Fram conserve le navire polaire qui a porté Nansen et Amundsen vers les glaces; on monte à bord, on touche la coque, on frissonne dans la salle polaire. À côté, le Kon-Tiki expose le radeau de balsa de Thor Heyerdahl et les objets de ses traversées océaniques. Un traversier relie en saison le quai de l'hôtel de ville à Bygdøy en une quinzaine de minutes, transformant le déplacement en mini-croisière dans la baie.

Vigeland et les parcs

Si le temps le permet, le tramway mène au parc Frogner, où le sculpteur Gustav Vigeland a installé plus de 200 figures de bronze et de granit le long d'une perspective monumentale. Le Monolithe, colonne de corps enlacés taillée dans un seul bloc, en constitue le sommet. Les Osloïtes y pique-niquent, y courent, s'y photographient : le parc appartient d'abord aux habitants, et c'est ce qui le rend attachant.

Redescendre vers le fjord

Le soir venu, le chemin du retour longe naturellement Aker Brygge, les anciens chantiers navals convertis en promenade de restaurants et de terrasses face à la marina. Un cornet de crevettes ou une bière locale, les mâts qui tintent, la forteresse qui rosit dans la lumière du couchant : Oslo sait finir une journée. En larguant les amarres, le navire refait le fjord en sens inverse, et la capitale s'éteint doucement derrière ses îles. On emporte d'elle une impression rare pour une grande ville : celle d'avoir respiré large.