Bien avant d'atteindre la colline, on aperçoit ses flèches. Elles émergent de la plaine cambodgienne comme des aiguilles dorées posées sur un écrin de verdure, visibles à des kilomètres au-dessus des rizières et des palmiers à sucre. Oudong fut la capitale royale du Cambodge du début du dix-septième siècle jusqu'au milieu du dix-neuvième, avant que la cour ne s'installe à Phnom Penh. Les navires qui remontent le Tonlé Sap s'amarrent dans la campagne voisine, et l'excursion vers l'ancienne cité des rois traverse un paysage qui semble n'avoir jamais pressé le pas.
La colline aux stupas
Le Phnom Oudong dresse ses deux sommets au-dessus de la plaine. Un escalier grimpe sous les frangipaniers jusqu'aux stupas qui couronnent la crête, une montée d'une quinzaine de minutes que l'on prend au rythme de la chaleur. Ces monuments funéraires abritent les cendres de plusieurs souverains khmers, et chacun possède sa silhouette propre, du plus ancien, patiné par les moussons, au plus récent, encore éclatant de blancheur et d'or. Des singes traversent parfois le sentier, des enfants proposent des éventails, et les fidèles déposent lotus et encens au pied des reliquaires.
Un panorama sur le royaume
Du sommet, la récompense est entière : la plaine s'étale à perte de vue, quadrillée de cultures d'un vert profond, ponctuée de villages sur pilotis et de bosquets de palmiers. Par temps dégagé, le regard porte très loin en direction du fleuve. On comprend alors pourquoi les rois avaient choisi ce promontoire : de là-haut, tout le pays semblait à portée de main. Le silence n'est troublé que par les clochettes suspendues aux toits, qui tintent au moindre souffle.
Le site fut aussi le théâtre d'épisodes douloureux : les guerres et le régime des Khmers rouges ont endommagé plusieurs monuments, restaurés depuis avec patience. Les cicatrices encore visibles sur certaines pierres ajoutent à la portée du lieu, devenu symbole de continuité pour tout un peuple.
Moines et méditation
Au pied de la colline, le centre de méditation Vipassana Dhura accueille pratiquants et curieux dans un vaste ensemble de pavillons ornés. Les moines en robe safran y poursuivent une tradition contemplative bien vivante, et la visite, menée avec respect, offre un contrepoint apaisant à la montée. C'est l'un des hauts lieux du bouddhisme cambodgien, fréquenté par les pèlerins venus de tout le pays.
La campagne de Kampong Tralach
Sur le chemin du retour, plusieurs itinéraires s'arrêtent à Kampong Tralach, où la pagode Wat Kampong Tralach Leu se dresse au milieu des rizières, à l'écart de la route. Certains programmes proposent d'y arriver en charrette tirée par des bœufs, au pas lent des attelages, entre les canaux et les buffles d'eau. La scène paraît sortie d'un autre siècle : cyclistes chargés de bottes de riz, écoliers en uniforme qui saluent de la main, artisans qui façonnent des poteries devant leur maison de bois.
Quelques repères avant de partir
- Prévoir de bonnes chaussures et de l'eau : la montée se fait par des escaliers parfois raides, sans ombre continue.
- Épaules et genoux couverts sont de mise dans les sanctuaires; un foulard léger rend service.
- Les petites coupures en riels ou en dollars facilitent l'achat d'une noix de coco fraîche ou d'une offrande au sommet.
- La lumière du matin, plus douce, flatte les stupas et les campagnes; les photographes s'en souviendront.
En regagnant la passerelle au bord du Tonlé Sap, beaucoup de voyageurs restent silencieux un moment. Oudong ne possède ni les foules ni la démesure d'Angkor, et c'est précisément ce qui touche : une colline sacrée, des cendres royales, des rizières et la gentillesse des habitants. L'ancienne capitale continue de veiller sur les campagnes, et ceux qui ont gravi ses marches emportent un fragment de cette sérénité jusque dans la suite du voyage.


