Vue de la passerelle, au petit matin, la baie de Palma déroule sa courbe jusqu'à la cathédrale, posée face à la mer comme un vaisseau de grès doré. C'est l'une des plus belles arrivées de Méditerranée occidentale. Capitale de Majorque, dans l'archipel des Baléares, Palma conjugue quartiers gothiques, patios secrets, art contemporain et front de mer planté de palmiers. Les quais de croisière s'étirent à l'ouest de la ville ; navettes, autobus et même navette maritime électrique rapprochent les passagers du centre en quelques minutes.

Rejoindre le centre

Selon le poste d'amarrage, le cœur historique se trouve de 1,5 à 6 km du navire. La plupart des compagnies proposent une navette jusqu'aux abords de la cathédrale ; la ligne d'autobus 1 relie aussi le port au centre, et une navette maritime traverse parfois le plan d'eau du port. Les sportifs longeront la promenade maritime à pied, entre marinas et pins parasols.

La Seu, cathédrale de lumière

La cathédrale de Palma, commencée au XIIIe siècle, possède l'une des plus grandes rosaces du monde gothique, surnommée « l'œil du gothique ». Antoni Gaudí participa à sa restauration au début du XXe siècle ; plus récemment, l'artiste majorquin Miquel Barceló a revêtu une chapelle d'une fresque de céramique marine aux allures de grotte sous-marine. À côté, le palais royal de l'Almudaina, ancienne forteresse arabe remaniée par les rois de Majorque, se visite avec ses salles gothiques et ses terrasses sur la baie.

Ruelles, patios et Llotja

Derrière la Seu, la vieille ville déploie un labyrinthe ombragé : ruelles pavées, palais aux patios à colonnes qu'on aperçoit par les portails entrouverts, places à terrasses comme la Plaça de Cort et son olivier centenaire. En descendant vers le port, la Llotja, ancienne bourse des marchands du XVe siècle, dresse ses colonnes torsadées en palmier de pierre — l'un des plus beaux espaces gothiques civils d'Europe. Tout près, le musée Es Baluard, installé dans un bastion des remparts Renaissance, expose Miró, Picasso et les artistes des Baléares au-dessus des marinas. Le Passeig del Born, rambla élégante bordée de platanes, aligne boutiques et cafés pour la pause.

Le château de Bellver, sentinelle circulaire

Sur une colline boisée à l'ouest du centre, le château de Bellver étonne : construit au XIVe siècle, il est l'un des rares châteaux circulaires d'Europe. Sa cour ronde à deux étages d'arcades et son chemin de ronde dominent toute la baie — la meilleure vue sur les toits, la rade et, souvent, son propre navire en contrebas. Taxi ou autobus y montent en quelques minutes depuis le front de mer, et le musée installé dans ses salles retrace huit siècles d'histoire de la cité.

Saveurs majorquines

Impossible de repartir sans goûter l'ensaimada, brioche spiralée saupoudrée de sucre glace, vendue dans des boîtes octogonales que les voyageurs emportent comme des trésors. Autre institution locale : la sobrassada, charcuterie tartinable au paprika doux, qui se glisse sur le pain grillé ou dans les tapas. Les marchés de l'Olivar et de Santa Catalina servent tapas et fruits de mer au comptoir ; le pa amb oli, pain frotté de tomate garni de fromage ou de jambon, fait des déjeuners simples et parfaits, arrosés d'un vin de Binissalem.

Au moment du départ, la rosace de la Seu s'embrase dans le soleil déclinant et la silhouette de Bellver veille sur la baie. Palma laisse cette impression rare d'une grande ville méditerranéenne restée à taille humaine, où chaque patio entrevu promet un secret de plus. On largue les amarres avec la certitude d'avoir à peine entrouvert la porte.