Trois rivières, trois couleurs : le Danube bleu-gris, l'Inn vert glacier, l'Ilz presque noire de tourbe. Passau s'est glissée sur la langue de terre où les trois se rejoignent, et ce confluent a fait d'elle la porte des croisières danubiennes vers Vienne et Budapest. Les navires s'alignent le long de la promenade Fritz-Schäffer, à dix minutes de marche à plat du centre ancien ; en plein été, six à huit unités s'y côtoient, bord à bord.
Une vieille ville à l'italienne
Un incendie ravagea la cité en 1662, et les princes-évêques confièrent la reconstruction à des maîtres italiens. Le résultat surprend encore : places pastel, coupoles vert-de-gris, arcades et passages voûtés donnent à cette cité bavaroise des airs de Salzbourg ou de Vérone. Les ruelles descendent toutes vers l'eau, certaines marquées des crues historiques à hauteur d'épaule ; la Höllgasse, pavée de couleurs, aligne ateliers d'artistes et galeries jusqu'au bord du fleuve.
L'orgue des superlatifs
La cathédrale Saint-Étienne, vaisseau baroque à trois coupoles, abrite le plus grand orgue de cathédrale au monde : 17 974 tuyaux et 233 jeux, répartis en cinq ensembles qu'un unique pupitre peut faire tonner ensemble. Les concerts du midi, une demi-heure en saison, remplissent la nef d'un son qui semble venir de partout à la fois ; arriver tôt garantit un banc, fermer les yeux fait le reste. Les billets s'achètent sur place le jour même, mais la file se forme dès la fin de la matinée en haute saison. Même sans musique, les stucs et les fresques valent la visite.
La forteresse d'en face
Sur la rive nord, la Veste Oberhaus surveille le confluent depuis plus de huit siècles. On y monte à pied par un sentier raide ou en navette depuis la place de l'hôtel de ville, toutes les trente minutes en saison. Là-haut, le musée retrace la puissance des princes-évêques, mais le vrai spectacle attend sur le bastion : la pointe des trois rivières vue d'en haut, avec les teintes qui refusent de se mélanger sur des centaines de mètres et les navires blancs rangés comme des jouets le long des quais.
Verre, cafés et flânerie
Entre deux monuments, la flânerie a ses récompenses. Le musée du verre, face à l'hôtel de ville, conserve des dizaines de milliers de pièces de verrerie de Bohême, du baroque à l'Art nouveau : un éblouissement discret que les connaisseurs placent parmi les plus riches du genre. Les cafés de la Residenzplatz servent strudel et chocolat chaud sous les façades pastel, et les boutiques de la Ludwigstrasse occupent agréablement la dernière heure avant l'appareillage. Tout se tient dans un mouchoir de poche ; les pavés font le reste.
La pointe des trois eaux
Avant de remonter à bord, terminez par où la géographie a commencé : l'Ortspitze, jardin triangulaire posé exactement sur le confluent. Les bancs y font face au courant, les cyclistes de la grande piste danubienne y déjeunent sur l'herbe par dizaines, sacoches alignées contre les bancs, et l'on comprend d'un coup d'œil pourquoi une ville s'est installée là il y a deux mille ans. En chemin, un bretzel ou une glace, les terrasses ne manquent pas, prolonge agréablement la boucle ; l'ensemble de la presqu'île se parcourt sans effort en une demi-journée, ce qui correspond aux quatre à six heures que la plupart des itinéraires accordent.
Cap vers l'aval
Au départ, le navire passe la pointe et les trois couleurs défilent une dernière fois sous la forteresse. Vienne, Melk ou Budapest attendent en aval, mais beaucoup de passagers restent accoudés au bastingage plus longtemps que prévu. Les confluents font cet effet-là : on y devine que chaque voyage n'est qu'un affluent d'un courant plus large, et Passau le montre mieux qu'aucun livre.


