Bien avant que les canots de transbordement ne touchent le quai, tous les passagers sont déjà sur le pont. Le Rocher Percé se dresse devant l'anse, muraille de calcaire doré haute de près de 90 mètres, trouée de son arche célèbre que la mer traverse à chaque marée. Les navires mouillent au large, faute d'infrastructure pour les grands tonnages, et cette arrivée par la mer demeure la plus belle des entrées en matière : c'est exactement ainsi que les pêcheurs, les peintres et les poètes ont vu Percé pour la première fois depuis quatre siècles.
Le village au pied du géant
À terre, tout se tient dans un mouchoir de poche. La rue principale suit la courbe de l'anse, bordée de boutiques d'artisans, de galeries et de cafés où l'on sert la morue fraîche et la bière brassée en Gaspésie. Les terrasses regardent toutes dans la même direction, comme aimantées par le monolithe. L'endroit vit de la pêche depuis le XVIIIe siècle, et quelques bâtiments de cette époque marchande subsistent près de l'eau, reconvertis en salles d'exposition où l'on raconte le temps des morutiers et des compagnies jersiaises. Prenez le temps de marcher jusqu'au belvédère du mont Joli, à l'extrémité du village : à marée basse, un banc de gravier permet même de s'approcher du pied du rocher, sous la surveillance des cormorans qui nichent dans la falaise.
L'île aux 100 000 oiseaux
Depuis le quai, des bateaux d'excursion partent régulièrement contourner le rocher avant de mettre le cap sur l'île Bonaventure, protégée par un parc national québécois. La traversée réserve son lot de rencontres : phoques gris vautrés sur les récifs, petits pingouins filant au ras de l'eau. Puis vient le choc sonore et visuel de la colonie de fous de Bassan, la plus importante d'Amérique du Nord et la plus accessible au monde. Plus de 100 000 oiseaux blancs aux ailes bordées de noir couvrent les corniches de la falaise. Ceux qui débarquent sur l'île peuvent suivre un sentier jusqu'au cœur de la colonie, à quelques mètres à peine des nids, avant de reprendre un bateau vers la terre ferme. Prévoyez des jumelles : macareux, guillemots et baleines fréquentent aussi ces eaux selon la saison.
Marcher au-dessus du vide
Percé porte aussi le titre de géoparc mondial UNESCO, une reconnaissance de sa géologie singulière. Au-dessus du village, une plateforme vitrée suspendue à flanc de montagne domine toute la baie : le rocher, l'île, les toits colorés et l'horizon du golfe se déploient d'un seul tenant. Des sentiers balisés y mènent depuis le bas, à travers une forêt fraîche où l'on entend les oiseaux bien avant de les voir. Le panorama récompense largement l'effort, surtout en fin d'avant-midi quand la lumière frappe la paroi calcaire de face, et les bancs installés le long du parcours invitent à prendre son temps.
Organiser ses heures à terre
| Activité | Durée approximative |
|---|---|
| Tour du rocher et de l'île en bateau, sans arrêt | 1 h 30 |
| Excursion avec arrêt et marche sur l'île Bonaventure | 3 h et plus |
| Rues, quai et belvédère du mont Joli | 1 h à 2 h |
| Plateforme vitrée du géoparc | 2 h avec le transport |
Au retour, appuyé au bastingage, on regarde le rocher rapetisser sans vraiment disparaître : il occupe encore l'esprit longtemps après avoir quitté la baie. Percé fait partie de ces lieux qui existaient dans notre imaginaire avant même qu'on les voie, et qui, chose rare, se révèlent plus grands encore que l'image qu'on s'en faisait. La Gaspésie a ce don-là.


