Sur l'esplanade qui borde l'Adriatique, une énorme sphère de bronze capte le soleil et les regards. Œuvre du sculpteur Arnaldo Pomodoro, elle est devenue l'emblème moderne de Pesaro, station balnéaire des Marches qui cache, derrière sa promenade de bord de mer, un centre historique où résonne encore la musique d'un enfant du pays : Gioachino Rossini.

Du quai à la vieille ville

L'escale accueille des navires de taille modeste, et le centre se rejoint à pied depuis les quais ou en quelques minutes d'autobus. Le trajet traverse d'abord le quartier balnéaire, ses villas et ses jardins, avant d'atteindre les rues piétonnes du noyau ancien. La transition résume bien la double personnalité des lieux : d'un côté les parasols, de l'autre la pierre Renaissance.

La piazza del Popolo

Le cœur de la cité bat sur la piazza del Popolo, vaste rectangle pavé où trône une fontaine baroque à chevaux marins. Le palais Ducal, élevé par les Sforza puis embelli par les Della Rovere, ferme la place de sa façade à arcades ; il rappelle que Pesaro fut une cour princière avant d'être une plage. Autour, cafés et commerces perpétuent le rituel italien de la passeggiata, cette promenade urbaine où l'on va autant pour voir que pour être vu. Sous les arcades, les cafés servent l'espresso aux habitués, et les conversations passent du calcio de la veille au programme du prochain festival.

Sur les pas de Rossini

Le maestro naquit ici en 1792, dans une maison étroite devenue musée, la Casa Rossini, où partitions, portraits et documents retracent la vie du compositeur du Barbier de Séville. Le conservatoire porte son nom, le théâtre aussi, et chaque été le Rossini Opera Festival attire mélomanes et grandes voix du monde entier. L'UNESCO a d'ailleurs inscrit Pesaro dans son réseau des villes créatives de la musique. Même sans assister à un opéra, on croise le maestro partout : affiches, statues, vitrines de pâtisseries proposant des douceurs à son nom.

Majoliques et chefs-d'œuvre discrets

Les Musei Civici, à deux pas de la place, réservent une double surprise : une collection de majoliques, ces céramiques peintes qui firent la renommée des ateliers de la région à la Renaissance, et un retable de Giovanni Bellini, le Couronnement de la Vierge, considéré comme l'une des grandes œuvres du maître vénitien. Les salles se parcourent sans foule, un luxe devenu rare en Italie. Les amateurs de céramique reconnaîtront des pièces dont les motifs inspirés des fables et des grotesques firent le tour des cours européennes.

La mer, à la manière des Marches

Retour vers le rivage par le viale Trieste, où quelques villas de la Belle Époque ont survécu, dont l'étonnant Villino Ruggeri, délire floral de style Liberty face à la mer. La plage de sable s'étire ensuite à perte de vue, ponctuée d'établissements balnéaires aux cabines colorées. Les cyclistes ne sont jamais loin : la municipalité a développé un vaste réseau de pistes, la Bicipolitana, dont les lignes numérotées quadrillent l'agglomération comme un métro de plein air. Louer un vélo demeure une des façons les plus agréables de relier mer et monuments.

Urbino, la tentation voisine

Si l'escale est longue, une route de 35 kilomètres grimpe vers Urbino, cité idéale de la Renaissance et patrie de Raphaël, inscrite au patrimoine mondial. Le palais Ducal d'Urbino et ses ruelles à flanc de colline composent l'une des excursions les plus riches de la côte adriatique ; comptez une demi-journée complète.

Une partition qui reste en tête

Au moment de regagner le navire, la sphère de bronze renvoie les derniers reflets du jour. Pesaro n'élève pas la voix : elle module, comme une ouverture d'opéra, entre l'allegro des plages et l'andante des palais. Le passager qui lui a consacré sa journée repart avec une mélodie en tête, et l'envie assez nette de revenir l'écouter en entier.