Sur les trottoirs de Petersburg, on marche littéralement sur des œuvres d'art : des poissons de bronze incrustés dans le béton, et sur les façades, des motifs floraux peints à la manière norvégienne, le rosemaling. Ce détail dit tout de cette bourgade de l'île Mitkof, fondée à la fin des années 1890 par Peter Buschmann, un immigrant venu de Norvège qui y voyait un site parfait pour une conserverie : un havre abrité, du poisson en abondance et la glace du glacier voisin pour le conserver. Ses compatriotes l'ont suivi, et le surnom de la ville est resté : Little Norway.

Une escale à échelle humaine

Aucun quai en eau profonde ici : Petersburg reste à l'écart des grands itinéraires et n'accueille que de petits navires, qui s'amarrent à distance de marche du centre. On débarque donc dans une vraie ville de pêche d'environ 3 000 habitants, l'un des ports de pêche les plus productifs de l'Alaska, où les gens croisés sur Main Street travaillent à la conserverie, sur un bateau ou à l'école du village. Les boutiques vendent des cirés et du matériel de pêche avant les souvenirs, et c'est précisément ce qui fait le prix de l'arrêt.

Du quai au Sons of Norway Hall

La promenade commence naturellement le long du port de plaisance, où s'alignent senneurs et fileyeurs. En suivant le rivage, on atteint Hammer Slough, un bras de mer bordé de maisons sur pilotis aux couleurs vives qui se reflètent dans l'eau calme à marée haute. Juste au-dessus se dresse le Sons of Norway Hall, salle communautaire de 1912 aux volets décorés, cœur de la vie norvégienne locale. Tout près, le Clausen Memorial Museum raconte un siècle de pêche à travers ses collections d'engins, de photographies et d'objets du quotidien.

Pétroglyphes et marées basses

À environ trois kilomètres du centre, Sandy Beach Park mérite qu'on allonge le pas ou qu'on saute dans une navette. À marée basse, la grève découvre des pétroglyphes anciens et les vestiges de pièges à poissons tlingits vieux d'environ 2 000 ans, alignements de pierres que la mer recouvre deux fois par jour. Le lieu rappelle que bien avant les conserveries, ce territoire nourrissait déjà les peuples de la côte. Face à la plage, le détroit Frederick s'étire vers les sommets enneigés, dominés par la silhouette effilée du Devils Thumb.

Le royaume des baleines et du glacier

Les eaux qui entourent l'île comptent parmi les plus riches du sud-est de l'Alaska. En saison, les baleines à bosse s'alimentent dans le détroit, et des excursions en bateau mènent au glacier LeConte, le plus méridional des glaciers de marée de l'hémisphère nord, dont les icebergs bleutés dérivent parfois jusqu'aux abords de la ville. Les otaries se prélassent sur les bouées, les aigles à tête blanche surveillent le port depuis les épinettes : ouvrez l'œil, simplement en marchant.

Bon à savoir

  • Tout le centre se parcourt à pied; comptez une demi-journée pour le tour complet, musée inclus.
  • Apportez un imperméable : le climat est humide en toute saison.
  • Les horaires des marées, affichés au port, déterminent la visite des pétroglyphes.
  • Le poisson fumé local fait un souvenir de choix, vendu sous vide pour le voyage.

En regagnant la passerelle, on emporte l'image d'une communauté qui vit de la mer sans se mettre en scène. Petersburg ne cherche pas à séduire les navires : elle continue simplement d'être elle-même, fidèle à ses racines scandinaves et à sa flotte. C'est exactement pour cela qu'on s'en souvient.