Le soleil se couche sur la mer ici, ce qui, au Vietnam, tient de l'exception : Phu Quoc est la seule grande destination du pays tournée vers l'ouest. Posée dans le golfe de Thaïlande, plus proche des côtes cambodgiennes que du delta du Mékong, la plus grande île vietnamienne accueille les navires au mouillage devant Duong Dong, sa ville principale, d'où les annexes rejoignent le rivage en quelques minutes.

Duong Dong, entre phare et marché

Le cœur de l'île bat autour de l'embouchure de sa rivière, encombrée de bateaux de pêche bleus à l'œil peint sur la proue. Sur un rocher qui avance dans la mer, le petit temple de Dinh Cau, mi-sanctuaire mi-phare, protège les marins depuis des générations : on y grimpe par un escalier court pour embrasser le va-et-vient du port. À deux pas, le marché déborde de poissons luisants, de calmars séchés, de fruits du dragon et d'herbes fraîches, dans un désordre parfaitement organisé. Le soir venu, un marché nocturne prend le relais dans les rues voisines, grillades de fruits de mer en vedette.

Bai Truong, la longue plage

Au sud de la ville commence Bai Truong, la « longue plage », qui étire son sable doré sur des kilomètres le long de la côte ouest. Les cocotiers penchés, les paillotes et les transats se partagent le rivage, et l'eau, généralement calme de novembre à mars, invite à des baignades faciles. C'est aussi la plage des couchers de soleil : en fin d'après-midi, les habitants viennent s'y asseoir face à l'horizon, rituel quotidien auquel le passager en escale peut se joindre sans réserver.

Sao, le sable blanc du sud-est

De l'autre côté de l'île, à une quarantaine de minutes de route, la plage de Sao déploie une anse de sable blanc et fin bordée d'eaux turquoise peu profondes. Balançoires plantées dans l'eau, barques colorées et restaurants de fruits de mer complètent un décor qui figure sur la plupart des photographies de l'île. L'endroit attire du monde, mais il suffit de marcher quelques centaines de mètres pour retrouver de l'espace.

Poivre et nuoc-mâm, les deux trésors

Phu Quoc doit sa renommée gastronomique à deux produits. Son poivre, cultivé sur des perches dans des plantations familiales que l'on visite librement, parfume les cuisines de tout le Vietnam. Son nuoc-mâm, la sauce de poisson obtenue par fermentation d'anchois dans d'immenses cuves de bois, bénéficie d'une réputation nationale : plusieurs fabriques de Duong Dong ouvrent leurs portes aux curieux, odeur tenace et explications passionnées comprises. Une bouteille scellée constitue le souvenir le plus local qui soit.

Une île encore verte

Une grande partie du territoire insulaire relève d'un parc national couvert de forêt tropicale, surtout dans le nord. Sentiers ombragés, ruisseaux et cascades de saison offrent un contrepoint frais aux plages, et les amateurs d'observation y guettent calaos et macaques. Les sorties en bateau vers les îlots du sud, coiffés de récifs coralliens, complètent la palette : masque et tuba suffisent pour survoler des jardins de corail à quelques mètres de profondeur.

Le dernier coucher de soleil

Au retour vers le navire, l'île déroule une dernière fois sa silhouette : collines boisées, plages ourlées d'écume, fumées des cuisines montant des villages. Puis le soleil s'enfonce dans le golfe, exactement là où le regard l'attendait, et l'on comprend pourquoi tant de voyageurs gardent de Phu Quoc le souvenir d'une douceur particulière, faite de poivre, de sel et de lumière du soir.