Bien avant le riesling, il y avait les Celtes. Sur la hauteur qui domine Pommern, le Martberg portait l'un des grands sanctuaires de la Gaule de l'Est, et le village en contrebas cultivait déjà la vigne et les vergers qui lui ont donné son nom : Pomaria, le pays des fruits. Les bateaux qui remontent la Moselle entre Cochem et Trèves déposent ici leurs passagers dans l'un des plus anciens villages viticoles de la vallée.
Monter au temple
À environ 180 mètres au-dessus de la rivière, le plateau du Martberg fut pendant des siècles un haut lieu du dieu Lenus Mars, guérisseur et protecteur. Les archéologues y ont recueilli des milliers d'offrandes, monnaies, fibules, bijoux, laissées par les pèlerins celtes puis gallo-romains. Une partie du sanctuaire a été reconstituée grandeur nature : cella peinte, portiques, autels, dans un site ouvert librement toute l'année, et des visites guidées font revivre le sanctuaire en saison. On y monte à pied par les vignes, et la récompense se partage entre l'histoire et le panorama, la vallée déroulant ses méandres loin en contrebas pendant que les rapaces tournent à hauteur d'yeux. Peu de sites de la région superposent ainsi deux mille ans de ferveur et un point de vue pareil.
Le sentier de Lenus Mars
Les marcheurs relieront le temple par le sentier balisé qui joint Pommern à Karden, cinq kilomètres de crêtes et de forêts ponctués de sculptures de bois, guerriers celtes, dame romaine, saint local, qui font office de jalons. Le parcours demande deux bonnes heures avec les pauses ; en été, partir tôt épargne la chaleur des pentes. Des bancs jalonnent la montée, et chaque clairière recadre la vallée sous un angle neuf, si bien que l'appareil photo ne connaît aucun répit. De l'autre côté, Karden aligne ses églises anciennes au bord de l'eau et permet de rejoindre le village en quelques minutes de route ou par le chemin du retour.
Un village qui vit de ses coteaux
En bas, Pommern reste une affaire de familles vigneronnes. Les cours ouvertes laissent voir pressoirs et barriques ; les caveaux servent rieslings secs et fruités issus des pentes d'ardoise, accompagnés au besoin d'une assiette de charcuteries et de fromages régionaux. Pas de boutique à rabais ni d'animation calibrée : on frappe, on goûte, on discute. Les maisons à colombages et l'église baroque complètent une flânerie qui tient dans une heure paisible, chats de gouttière et géraniums en accompagnement.
Cochem en aval
Si l'escale accorde du temps, Cochem attend à quelques kilomètres en aval : ruelles serrées, place animée et la Reichsburg, château néogothique perché qui domine le méandre comme une illustration de livre d'images et se visite à heures fixes. Les excursions du bord y conduisent souvent ; les indépendants s'y rendent en autocar ou en taxi en quelques minutes. Le contraste amuse : Cochem s'offre en majesté, Pommern en confidence, et la vallée a besoin des deux registres.
Conseils d'escale
La montée au plateau demande de bonnes chaussures, de l'eau et une heure aller-retour au bas mot ; le site archéologique, librement accessible, ne comporte ni billetterie ni café, prévoyez en conséquence. Au village, les caveaux acceptent généralement les cartes mais apprécient les espèces, et un appel de l'agence ou du bord permet d'annoncer un groupe. Les photographes viseront la fin d'après-midi, quand la lumière rase les pentes d'ardoise et dore les colombages.
Redescendre vers la rivière
Au moment du départ, le regard remonte une dernière fois du ponton vers la ligne du plateau, là où les pèlerins d'il y a deux mille ans apercevaient les toits du sanctuaire. Les dieux ont changé, les vignes sont restées, et la Moselle continue de porter les voyageurs d'un culte à l'autre : hier Lenus Mars, aujourd'hui le riesling. Le pèlerinage, au fond, n'a jamais cessé.


