Hemingway venait ici pour le poisson. Dans les années 1930, l'écrivain traversait le Gulf Stream depuis la Floride pour traquer le thon et le marlin géants dans les eaux de Bimini, et l'archipel nourrira plus tard les pages d'Îles à la dérive. Quatre-vingt-dix ans ont passé, un quai moderne accueille désormais les navires, mais l'essentiel demeure : une bande de sable à 80 kilomètres des côtes américaines, cernée d'une eau si limpide qu'elle paraît irréelle, où les histoires de pêche se racontent encore au coucher du soleil.

Un accueil sans bousculade

Le quai, aménagé en 2021 sur North Bimini par le complexe Resorts World, ne reçoit qu'un navire à la fois — luxe rare aux Bahamas. On descend directement à terre, sans annexe, et des navettes gratuites circulent toutes les dix à quinze minutes vers les installations du complexe : club de plage, piscines, casino, restaurants. Beaucoup de passagers choisissent plutôt la voiturette de golf, moyen de transport roi de l'archipel, pour explorer l'île à leur guise; elle se loue près du débarcadère et se conduit sans formalités.

Alice Town, capitale de poche

À trois kilomètres au sud, Alice Town concentre la vie insulaire sur quelques rues : cabanes à salade de conque le long de l'eau, bars où les trophées de pêche jaunissent au mur, épiceries familiales. C'est ici que l'ombre d'Hemingway plane le plus : l'écrivain logeait au Compleat Angler, hôtel aujourd'hui disparu dans un incendie, et les anciens racontent encore ses combats de boxe improvisés sur le quai. La salade de conque, préparée sous vos yeux au jus de lime et au piment, constitue le repas d'escale par excellence — fraîche, vive et à prix doux.

La maison des dauphins

Impossible de manquer la Dolphin House, œuvre d'une vie entamée en 1993 par l'historien et poète local Ashley Saunders. Coquillages, carreaux, verre poli par la mer, bouteilles et objets trouvés recouvrent chaque centimètre carré de cette demeure-mosaïque dédiée aux dauphins qui croisent au large. Le créateur guide souvent lui-même la visite, entre anecdotes de pêche et généalogie des grandes familles de l'île. Peu de musées au monde tiennent dans une maison; celui-ci vaut bien des institutions, et l'on en ressort avec un recueil de poèmes dédicacé si le cœur nous en dit.

Des fonds marins qui alimentent les légendes

Les excursions en bateau mènent aux deux sites fétiches de l'archipel. La Bimini Road d'abord : à quelques mètres sous la surface, un alignement de blocs calcaires étrangement réguliers que certains attribuent, depuis les années 1960, à la cité perdue de l'Atlantide — les géologues penchent pour une formation naturelle, mais le mystère fait partie du charme de la baignade. Le Sapona ensuite : ce cargo de béton échoué par un ouragan en 1926 émerge à demi des hauts-fonds, et sa coque éventrée sert d'aquarium géant aux poissons tropicaux. Masque et tuba suffisent pour les deux.

Le temps d'un après-midi

  • Radio Beach, le rivage public le plus couru, s'étend près d'Alice Town : sable blanc, eau turquoise et cabanes à poisson frit.
  • Le club de plage de Resorts World, accessible en navette, ajoute piscines et chaises longues pour ceux qui préfèrent le confort organisé.
  • Les amateurs de nature réservent une sortie d'observation des raies et requins nourrices, présents à l'année dans les eaux peu profondes.

Le soir venu, quand le navire largue les amarres face au soleil couchant, on comprend ce qui retenait Hemingway si loin de sa machine à écrire. Bimini n'a ni monuments ni musées prestigieux; elle a mieux : une lumière qui dore les hauts-fonds, des habitants qui prennent le temps, et cette impression tenace d'avoir touché à la vie insulaire véritable, à peine à une heure des gratte-ciel de Miami.