Barcelone ne se laisse pas deviner depuis la mer. On aperçoit d'abord la colline de Montjuïc, quelques grues, la silhouette du monument à Colomb. Puis le navire s'amarre au Moll Adossat et la ville se révèle par étapes, comme elle aime le faire. Capitale de la Catalogne, métropole méditerranéenne parmi les plus visitées d'Europe, Barcelone pose au croisiériste un problème inhabituel : non pas quoi voir, mais quoi sacrifier. Une seule journée impose des choix. Voici comment les faire sans regret.

Rejoindre le cœur de la ville

Les terminaux du Moll Adossat se trouvent à environ trois kilomètres du bas de la Rambla. Une navette portuaire relie les quais au secteur du monument à Colomb en une dizaine de minutes, avec des départs fréquents à l'arrivée des navires. De là, tout s'organise à pied ou en métro. Les taxis restent nombreux devant les terminaux pour ceux qui filent directement vers un site précis. Premier conseil de métropole : décider avant de descendre ce que sera la priorité du jour, car les distances se cumulent vite.

La Rambla et le marché de la Boqueria

La Rambla monte du port vers la place de Catalogne sous une voûte de platanes. Kiosques, fleuristes, artistes de rue : l'avenue joue son propre spectacle depuis deux siècles. À mi-hauteur, les halles de la Boqueria débordent de jambons suspendus, de pyramides de fruits, d'étals de poissons sur glace pilée. Les comptoirs du fond servent des tapas dès le matin, coude à coude avec les cuisiniers du quartier venus faire leurs achats. On y prend le pouls de la ville en vingt minutes.

Le quartier gothique

À droite de la Rambla en montant, le Barri Gòtic replie ses ruelles autour de la cathédrale. Les passages étroits s'ouvrent sans prévenir sur des places où le temps s'arrête : Sant Felip Neri et sa fontaine, la place du Roi et son escalier Renaissance, la place Sant Jaume où se font face le palais de la Generalitat et l'hôtel de ville. Des fragments de muraille romaine surgissent entre deux boutiques. C'est le quartier où l'on accepte de se perdre, boussole rangée, en se fiant aux clochers pour retrouver son chemin. Un peu plus à l'est, dans le quartier du Born, la basilique Santa Maria del Mar élève son gothique catalan d'une pureté que beaucoup préfèrent à la cathédrale elle-même.

Gaudí, l'incontournable choix

Reste la question que pose toute escale barcelonaise : la Sagrada Família. La basilique d'Antoni Gaudí, chantier commencé en 1882 et toujours vivant, se rejoint en taxi ou en métro depuis le centre. L'intérieur, forêt de colonnes inondée de lumière colorée, justifie le déplacement ; les billets se réservent en ligne avant l'escale, sans quoi l'attente peut engloutir la journée. Pour goûter Gaudí sans traverser la ville, le Passeig de Gràcia aligne la Casa Batlló aux écailles de dragon et la Pedrera aux façades ondulées, à distance de marche de la place de Catalogne. Un croisiériste réaliste choisit l'un ou l'autre : la basilique ou les maisons. Les deux se savourent mal dans la précipitation.

La respiration du bord de mer

Ceux qui préfèrent la lenteur redescendent vers le port ancien. La promenade contourne la marina, passe devant les terrasses du Moll de la Fusta et rejoint la Barceloneta, l'ancien quartier des pêcheurs devenu bord de mer animé. Les rues serrées sentent encore la friture et le linge séché aux fenêtres. La plage s'étire sur des kilomètres, bordée d'une promenade où défilent vélos et coureurs. S'attabler devant une paella face à la Méditerranée, à trente minutes à pied du navire, demeure une conclusion d'escale parfaitement défendable.

Avant de remonter à bord

Le soir venu, la navette ramène les passagers le long des quais tandis que la ville allume ses façades. Barcelone laisse rarement indifférent ; elle laisse plutôt une liste. Ce qu'on a vu, ce qu'on a manqué, ce qu'on fera la prochaine fois. C'est sa manière à elle de fidéliser les voyageurs : personne n'en fait le tour en une escale, et tout le monde repart en sachant exactement par quoi il recommencera.