Le volcan précède la ville. Bien avant d'accoster, le regard remonte les pentes couvertes de forêt jusqu'au panache de nuages qui coiffe presque toujours la Soufrière, 1 467 mètres, plus haut sommet des Petites Antilles. Basse-Terre, préfecture de la Guadeloupe, s'étage entre cette montagne et la mer des Caraïbes; par temps clair, on aperçoit même les Saintes qui flottent au large. L'escale se partage naturellement entre le haut et le bas : une matinée de rues créoles, une échappée vers les nuages.

Fort Delgrès, la mémoire en basalte

À une dizaine de minutes à pied du quai, les murailles sombres du fort dominent l'entrée sud de la cité. Édifié à partir de 1650, l'ouvrage porte aujourd'hui le nom de Louis Delgrès, officier qui s'y retrancha en 1802 pour refuser le rétablissement de l'esclavage, avant de mourir dans les hauteurs de Matouba avec ses compagnons. Terrasses, casemates et jardins se parcourent librement, la mer d'un côté, le volcan de l'autre; un mémorial y entretient une flamme discrète. Peu de lieux résument aussi bien l'histoire guadeloupéenne, et l'on y est souvent presque seul, face au large.

Un centre qui vit pour lui-même

Basse-Terre n'a pas été refaite pour les visiteurs, et c'est sa qualité première. Autour du marché couvert, où s'empilent christophines, fruits à pain, vanille et bouquets d'anthuriums, les rues alignent maisons à balcons de fer forgé, boutiques de madras et petits restaurants où le colombo mijote dès la fin de matinée. Le samedi matin, les étals débordent jusqu'aux rues voisines et les conversations s'y mènent en créole d'abord. La cathédrale Notre-Dame-de-Guadeloupe et le champ d'Arbaud, esplanade bordée d'arbres et de bâtiments officiels, complètent une promenade sans mise en scène, où l'on croise plus de fonctionnaires et d'écoliers que de vendeurs de souvenirs.

La Soufrière, la « vieille dame » qui fume

Depuis Saint-Claude, commune fraîche accrochée au-dessus de la préfecture, sur des pentes où poussait jadis le café, une route en lacets grimpe jusqu'aux Bains Jaunes, point de départ du sentier du sommet. Compter environ trois heures aller-retour d'une marche soutenue, dans un décor qui passe de la forêt dense aux fumerolles soufrées, entre bruine, vent et éclaircies soudaines. En chemin, des trouées s'ouvrent sur toute la côte sous le vent, jusqu'à la mer qui brille entre les crêtes. Les Guadeloupéens l'appellent la « vieille dame »; elle gronde parfois, veille toujours. Ceux qui renoncent au sommet se consolent aux Bains Jaunes mêmes, bassin d'eau tiède maçonné au milieu de la végétation, où l'on trempe les mollets fourbus.

Les chutes du Carbet

Sur le versant est du massif, trois cascades dévalent la montagne au cœur du parc national. La deuxième, la plus fréquentée, tombe de 110 mètres et se rejoint par un sentier aménagé d'une vingtaine de minutes, sous les fougères arborescentes et dans une bruine permanente qui fait briller les feuilles. C'est l'excursion idéale pour qui veut toucher la forêt tropicale sans entreprendre l'ascension du volcan, et les enfants en redemandent, trempés et ravis.

En reprenant la mer, on garde longtemps en vue le cône vert qui domine la rade. Basse-Terre s'efface derrière sa montagne, et c'est peut-être l'ordre juste des choses : ici, la nature a toujours tenu le premier rôle, et la ville a l'élégance de ne pas le lui disputer.

Repères pratiques

  • Le quai se trouve à une dizaine de minutes à pied du centre et du marché couvert.
  • Soufrière et chutes du Carbet : réserver l'excursion tôt; la météo change vite en altitude et certains sentiers ferment selon l'activité volcanique.
  • Monnaie : l'euro; le français est la langue officielle.
  • Chaussures fermées indispensables pour les sentiers, souvent humides.