Ici, pas d'enfilade de boutiques hors taxes ni de tours d'hôtels : des falaises ocre, une mer translucide et, derrière, les crêtes bleutées de la sierra de Bahoruco. Le quai de Cabo Rojo, dans la province de Pedernales, a reçu son premier navire en janvier 2024; c'est la plus récente porte d'entrée maritime de la République dominicaine, posée à l'extrémité sud-ouest du pays, tout près de la frontière haïtienne. Le cap doit son nom aux teintes rougeâtres de ses roches, longtemps exploitées pour la bauxite : les installations minières d'hier ont cédé la place aux passagers d'aujourd'hui. Les compagnies viennent pour une seule raison, et elle se comprend dès la passerelle : la nature du parc national Jaragua commence pratiquement au pied du navire.

Bahía de las Águilas, huit kilomètres sans une construction

Régulièrement classée au sommet des plages dominicaines, la Bahía de las Águilas déroule huit kilomètres de sable pâle entre des promontoires de roche corallienne, sans un seul bâtiment. On y accède le plus souvent en bateau depuis le hameau de pêcheurs de Las Cuevas, après une courte traversée qui longe falaises et cactus candélabres. L'eau passe du vert d'eau au turquoise profond selon la profondeur; les fonds se prêtent au tuba, et les plus chanceux croisent une tortue en chemin. Aucun service sur place ou presque : c'est précisément ce dénuement, protégé par le parc, qui fait la valeur du lieu.

La lagune d'Oviedo et ses flamants

De l'autre côté du parc, à moins d'une heure de route, la lagune d'Oviedo étale ses eaux saumâtres derrière un cordon littoral. Les barques des guides locaux se faufilent entre les îlots où nichent flamants roses, spatules et hérons; les iguanes rhinocéros, endémiques de l'île d'Hispaniola, se prélassent sur les berges calcaires. L'ensemble appartient à la réserve de biosphère Jaragua-Bahoruco-Enriquillo, reconnue par l'UNESCO, l'un des refuges de biodiversité les plus précieux des Grandes Antilles. Comptez deux à trois heures pour la sortie complète, jumelles fortement conseillées.

Pedernales, un bout du monde qui s'éveille

La petite ville de Pedernales vit encore au rythme de la pêche et du commerce frontalier. Son front de mer modeste, ses comptoirs à poisson frit et ses rues tranquilles offrent un aperçu de la vie du grand Sud dominicain, longtemps tenu à l'écart des circuits. Dans les échoppes, on remarque les bijoux de larimar, cette pierre d'un bleu laiteux extraite uniquement dans les montagnes de la région — nulle part ailleurs sur la planète. Les excursions font parfois halte ici le temps d'un jus de canne ou d'une photo des barques, avant de reprendre la piste vers les anses protégées.

La plage du terminal et les salines

Pour ceux qui préfèrent rester à distance de marche, la plage de Cabo Rojo borde directement les installations portuaires, avec son sable clair et ses eaux calmes. Les environs immédiats réservent une surprise de choix aux photographes : d'anciennes salines et des vasques où la lumière du matin accroche des roses et des orangés presque irréels.

Le soir venu, quand le navire s'écarte de la côte, la sierra de Bahoruco vire au violet et pas une lumière électrique ne troue encore le rivage sur des kilomètres. Cette escale toute neuve raconte une République dominicaine d'avant le tourisme de masse — et l'on se surprend à espérer qu'elle saura le rester.

Repères pratiques

  • Terminal récent et encore peu bâti : les excursions organisées restent le moyen le plus simple de rayonner.
  • Bahía de las Águilas se rejoint en bateau depuis Las Cuevas ou en véhicule tout-terrain.
  • Peso dominicain; dollars américains acceptés dans les commerces touristiques.
  • Soleil intense et ombre rare dans le parc Jaragua : eau, chapeau et écran solaire indispensables.