Bien avant d'apercevoir la ville, on entend son marché. Cris des vendeuses, cageots qu'on empile, dominos qui claquent sur les tables : Castries vit à voix haute. La capitale de Sainte-Lucie occupe le fond d'une des plus belles rades naturelles des Antilles, et les navires y disposent de deux quais. Pointe Seraphine, sur la rive nord, regroupe les boutiques hors taxes ; La Place Carenage donne directement sur le centre-ville. De l'un comme de l'autre, le cœur de la capitale se rejoint à pied en quinze minutes tout au plus.
Le marché central, un siècle d'abondance
Sous sa halle de fer rouge orangé inaugurée à la fin du XIXe siècle, s'alignent plus de 300 étals : bananes plantains, ignames, noix de muscade, bâtons de cannelle, piments confits dans le vinaigre, paniers tressés et épices vendues au sachet. C'est l'endroit rêvé pour rapporter du cacao local ou une bouteille de sauce créole, et surtout pour prendre le pouls de l'île. Les vendeuses expliquent volontiers comment apprêter le fruit à pain ou la christophine, et la conversation glisse vite vers le français créole, hérité de l'époque où l'île changea quatorze fois de mains entre la France et l'Angleterre.
Walcott, la cathédrale et les fresques
À quelques rues de là, une place ombragée de grands samans porte le nom de Derek Walcott, prix Nobel de littérature 1992 et enfant du quartier. Elle fait face à la cathédrale de l'Immaculée-Conception, dont l'intérieur surprend : murs et plafonds y sont couverts de fresques aux couleurs franches peintes par l'artiste local Dunstan St Omer, où les personnages bibliques ont des visages antillais. Tout autour subsistent quelques maisons créoles à dentelles de bois, épargnées par les grands incendies de 1927 et 1948 qui ont façonné le visage moderne de la capitale.
Le Morne Fortune, balcon des batailles
Au sud de la rade, la colline du Morne Fortune grimpe à environ 260 mètres. Français et Britanniques se la sont disputée pendant un siècle ; il en reste des batteries, des casernes de pierre et un monument au régiment Inniskilling. On y monte en taxi en une quinzaine de minutes pour la récompense principale : une vue plongeante sur la rade, le navire à quai et, par temps clair, le nord de l'île jusqu'à Pigeon Island.
Prolonger vers les plages ou vers le sud
La plage de Vigie borde la piste du petit aéroport, à quelques minutes du terminal, pour ceux qui veulent simplement nager. Les excursions organisées filent plutôt vers Rodney Bay et sa marina, à une vingtaine de minutes au nord, ou entreprennent la longue route sinueuse vers Soufrière et les Pitons, à environ 75 minutes au sud. Cette dernière sortie remplit presque toute l'escale ; elle se réserve auprès du navire ou d'opérateurs établis.
Repères pour l'escale
| Élément | Détail |
|---|---|
| Accostage | Pointe Seraphine ou La Place Carenage, tous deux en ville |
| Marché central | À 10-15 minutes de marche des quais |
| Morne Fortune | Environ 15 minutes en taxi |
| Monnaie et langue | Dollar des Caraïbes orientales, dollar américain accepté ; anglais et créole |
En reprenant la passerelle
Castries n'a ni remparts ni vieux quartier monumental ; les flammes les lui ont pris. Ce qu'elle offre à la place ne s'achète pas dans les boutiques hors taxes : une capitale antillaise au travail, un marché qui embaume la muscade, des fresques uniques au monde et un belvédère chargé d'histoire militaire. Les passagers qui lui accordent quelques heures d'attention repartent avec des sachets d'épices dans leur sac et, souvent, une phrase de créole apprise entre deux étals.


