Personne n'habite Catalina. Pas de route, pas de village, pas d'embarcadère en dur : les navires jettent l'ancre au large et les annexes déposent leurs passagers directement sur le sable. Cette langue de terre corallienne d'à peine dix kilomètres carrés, posée devant la côte sud-est de la République dominicaine face à La Romana, est protégée à titre de monument naturel. Plate comme une feuille — son point le plus haut dépasse à peine la cime des cocotiers —, elle se laisse embrasser d'un seul regard depuis le pont du navire. On y vient pour une journée entière de mer, de récifs et de palmes : la version la plus dépouillée, et peut-être la plus réjouissante, de l'escale antillaise.
Une journée les pieds dans le sable
Les plages du nord et de l'ouest, où s'installent les compagnies, alignent chaises longues, paillotes et grils fumants sous les cocotiers. L'eau, peu profonde sur une grande distance, reste d'une clarté remarquable presque toute l'année : les familles y pataugent pendant que les nageurs partent longer les herbiers, où raies et poissons-coffres font de fréquentes apparitions. Entre deux baignades, on marche pieds nus jusqu'aux pointes rocheuses, on somnole à l'ombre d'une paillote, on regarde les pélicans piquer du nez dans les bancs de sardines. Le reste de l'îlot demeure à l'état brut, broussailles et cactus, refuge d'oiseaux marins. Vers midi, l'odeur des grillades traverse la palmeraie et rassemble les convives sous les toits de palmes : poulet mariné, riz aux pois, ananas découpé à grands gestes.
The Wall, le tombant des plongeurs
Sous la surface, Catalina jouit d'une solide réputation régionale. Le site baptisé The Wall descend en gradins couverts d'éponges et de gorgones, tandis que l'Aquarium, plus accessible, porte bien son nom : nuées de demoiselles, poissons-trompettes et coraux cerveaux évoluent à faible profondeur, juste sous les palmes. Les courants restent généralement faibles, ce qui met ces fonds à la portée des plongeurs peu expérimentés comme des simples curieux équipés d'un tuba. Centres de plongée et sorties guidées opèrent directement depuis la plage ou depuis Bayahibe, sur le continent tout proche.
Le trésor englouti du capitaine Kidd
L'endroit cache une page d'histoire digne d'un roman. En 1699, le corsaire écossais William Kidd abandonna près de ces rivages le Quedagh Merchant, navire marchand capturé dans l'océan Indien, avant d'aller plaider sa cause — en vain — devant la justice anglaise. L'épave, retrouvée en 2007 par une équipe universitaire, se visite aujourd'hui comme un musée subaquatique : canons et lest de pierre reposent par très petits fonds, accessibles aux simples porteurs de masque. Les centres locaux y organisent des sorties courtes, encadrées afin de préserver les vestiges.
Escapades vers le continent
Plusieurs excursions combinent la plage avec un saut sur la grande terre : remontée de la rivière Chavón entre ses parois de verdure, ou montée vers Altos de Chavón, village d'artistes en pierre calcaire perché au-dessus du fleuve, avec ses ateliers, son amphithéâtre et son musée consacré aux Taïnos. Le trajet en bateau puis en autocar reste court et s'insère sans peine dans l'horaire d'une escale, les départs étant calés sur la rotation des annexes.
En fin de journée, quand les annexes ramènent les derniers passagers, l'îlot retrouve ses seuls occupants permanents : frégates, pélicans et bernard-l'ermite. C'est peut-être cela, le luxe discret de Catalina — un territoire qui s'anime quelques heures, puis rend sa page blanche à la mer.
Repères pratiques
- Débarquement en annexe directement sur la plage : prévoir chaussures d'eau et sac étanche.
- Aucun commerce permanent : les services dépendent de l'installation du jour de la compagnie.
- Emporter des espèces en petites coupures pour vendeurs et pourboires; dollars américains acceptés.
- Masque et tuba valent la peine d'être apportés, même pour les non-plongeurs.


