Des millions de téléspectateurs connaissent ce village sans savoir le situer. C'est ici, entre les barques de pêche et le clocher, que se tourne depuis 2011 la série « Meurtres au paradis », et la façade de la gendarmerie fictive compte parmi les arrêts les plus photographiés de la Guadeloupe. Deshaies n'en tire aucune vanité : sa baie encaissée entre deux mornes verts abrite d'abord des pêcheurs, quelques rues paisibles et, certains matins, les chaloupes d'un navire au mouillage. Le générique dure quelques secondes; le bourg, lui, se donne toute la journée.
Le bourg, une rue entre mer et montagne
Du débarcadère, tout se fait à pied. Les cases de bois peintes se serrent le long de la rue principale, entre restaurants les pieds dans l'eau, boutiques d'artisanat et comptoirs où le café se boit sans se presser. Les filets sèchent près des barques tirées sur la grève, les amateurs de la série reconnaissent un décor à chaque détour, et l'église veille sur l'ensemble depuis le centre du village. Au sortir du bourg, la rivière rejoint la mer sous un petit pont, et les hérons y guettent les restes de la criée. Une demi-heure suffit pour tout voir; on y reste souvent bien davantage, le temps d'un accras, d'un jus de canne et d'une conversation.
Le jardin botanique, l'héritage d'un comédien
Sur les hauteurs, l'ancienne propriété de Coluche est devenue l'un des jardins les plus visités des Antilles : plus de mille espèces tropicales, étangs de carpes koï, flamants roses, volière de loriquets qu'on nourrit au nectar, cascade et point de vue plongeant sur la baie. Compter une bonne heure et demie de déambulation sous les frangipaniers et les arbres du voyageur. Le site se trouve à environ deux kilomètres du village, en montée constante : le taxi épargne la sueur de l'aller, et la descente se fait volontiers à pied, entre les haies d'hibiscus, avec la mer en ligne de mire à chaque lacet.
Grande Anse, le sable à perte de vue
À quelques minutes de route au nord, Grande Anse déploie près d'un kilomètre de sable doré adossé aux cocotiers et aux raisiniers, sans un seul immeuble à l'horizon, seulement la courbe verte des mornes derrière le sable. Les rouleaux y invitent au jeu davantage qu'aux longueurs, et les paillotes servent sorbets coco et poissons grillés à l'ombre. Le sable prend une teinte cuivrée en fin de journée, quand les pêcheurs remontent leurs filets au pied du morne. Les marcheurs pousseront jusqu'à la plage de la Perle, un peu plus loin sur la côte, plus courte et souvent plus tranquille. Ce littoral compte parmi les plus préservés de l'archipel : ni tour d'hôtel, ni promenade bétonnée, seulement la courbe du rivage.
Une baie que les navigateurs s'échangent
Le mouillage de Deshaies figure dans tous les carnets de voile des Petites Antilles : protégé des alizés, profond, orienté vers le couchant. En fin de journée, les voiliers s'y balancent par dizaines et le village allume ses terrasses une à une. Les passagers qui remontent à bord à ce moment-là emportent l'image la plus juste du lieu : un petit refuge marin, sûr de lui, qui n'a rien changé pour plaire.
La série télévisée repartira un jour avec ses caméras. Les barques, le clocher et la baie, eux, resteront exactement à leur place — et c'est précisément ce qui donne envie de revenir.
Repères pratiques
- Escale au mouillage : transfert en chaloupe jusqu'au débarcadère du bourg.
- Jardin botanique à deux kilomètres en montée : taxi ou navette conseillés à l'aller.
- Monnaie : l'euro; commerces et restaurants concentrés sur la rue principale.
- Baignade à Grande Anse : vagues et courants possibles, rester dans les zones fréquentées.


