La rade s'ouvre, large et calme, et la première chose que l'on distingue depuis le pont est un éperon de pierre couvert de canons qui monte la garde depuis le dix-septième siècle. Derrière lui, Fort-de-France grimpe en amphithéâtre vers les mornes, avec la silhouette lointaine des pitons du Carbet en toile de fond. Escale française au cœur des Petites Antilles, la capitale martiniquaise se vit en français, en euros et au rythme créole.

Du quai au cœur de ville en dix minutes

Le terminal de la Pointe Simon place les passagers à 500 mètres du centre : on longe le front de mer et l'on arrive à La Savane, le grand parc planté de palmiers royaux qui sert de salon à la ville. En face, le fort Saint-Louis, toujours base navale en activité, se visite avec un guide; du haut des remparts, la vue enfile la baie, le navire et les toits serrés du quartier historique.

La bibliothèque venue de Paris

À l'angle de La Savane se dresse le monument le plus photographié de la Martinique : la bibliothèque Schœlcher, fantaisie de fer, de verre et de mosaïques dessinée par Henri Picq, présentée à Paris lors de l'Exposition de 1889 puis démontée et expédiée par bateau jusqu'ici. Elle fonctionne toujours comme bibliothèque publique, et l'on peut entrer feuilleter un journal sous sa coupole. Quelques rues plus loin, la cathédrale Saint-Louis, du même architecte, pointe sa flèche de métal au-dessus des rues commerçantes.

Marchés, épices et rues créoles

Le grand marché couvert, halle métallique de la fin du dix-neuvième siècle, embaume la cannelle, la vanille et le colombo. Les vendeuses y détaillent rhums arrangés, fleurs tropicales et piments de toutes les couleurs, avec la conversation en prime. Autour, les rues Victor-Hugo et de la République alignent boutiques, pâtisseries et façades à balcons de fer forgé. C'est l'heure d'un accras de morue debout au comptoir, ou d'un jus de canne glacé.

Balata, la forêt mise en scène

À une vingtaine de minutes de route dans les hauteurs, le jardin de Balata rassemble près de 3 000 espèces tropicales autour d'une maison créole : alignements de porcelaines roses, bassins de nénuphars géants, colibris en vol stationnaire. Des passerelles suspendues à quinze mètres du sol font marcher les visiteurs dans la cime des mahoganys centenaires. Sur la même route, l'église du Sacré-Cœur de Balata, réplique réduite de la basilique de Montmartre, surprend au détour d'un virage.

De l'autre côté de la baie

Les navettes maritimes qui partent du front de mer traversent la rade en vingt minutes vers l'Anse Mitan et les Trois-Îlets : rivages ombragés, restaurants les pieds dans le sable et vue sur la ville depuis l'autre rive. Une façon simple de terminer l'escale dans l'eau tiède, à distance de tout embouteillage.

L'au revoir

Quand le navire largue les amarres, le fort Saint-Louis défile une dernière fois à tribord et la montagne s'allume dans le soir. Fort-de-France ne se livre pas d'un bloc : elle mélange la France, l'Afrique et les Caraïbes dans une même rue, parfois dans une même assiette. On repart avec un sachet d'épices dans le sac et quelques mots de créole appris au marché.

Repères pratiques

  • Terminal de la Pointe Simon à 500 mètres du centre; certains navires accostent aux Tourelles, plus loin, avec navette.
  • Monnaie : l'euro; les cartes sont largement acceptées, mais le marché préfère les espèces.
  • Le jardin de Balata se rejoint en taxi ou en excursion (environ 10 kilomètres de route en lacets).
  • Navettes maritimes fréquentes vers l'autre rive de la rade : vérifier l'horaire du dernier retour avant d'embarquer.