En 1977, Norwegian Cruise Line achetait un îlot au nord des Berry Islands et inventait, sans le savoir, un concept que toute l'industrie allait copier : l'île privée réservée aux passagers. Près d'un demi-siècle plus tard, Great Stirrup Cay demeure la doyenne de ces destinations exclusives, et elle vient de changer d'échelle : un quai en eau profonde permet désormais aux navires d'accoster directement, là où des générations de croisiéristes ont connu la file des navettes.
Débarquer à pied sec
Le nouveau quai, inauguré à la fin de 2025, accueille deux navires à la fois. On descend la passerelle et l'on se trouve déjà sur l'île : ce détail change toute la journée, puisque les allers-retours deviennent libres. Ceux qui veulent dîner au frais à bord ou récupérer un chandail oublié le font sans contrainte. Le débarcadère donne directement sur les allées ombragées du secteur central, où l'on récupère serviettes et renseignements avant de choisir son camp pour la journée. Un tram circule d'un bout à l'autre du site pour épargner la marche aux uns et les coups de soleil aux autres.
Trois anses, trois ambiances
Le rivage principal, face au mouillage historique, concentre chaises longues, parasols et pavillons de restauration, le tout inclus dans la croisière. En s'éloignant vers l'est, les anses deviennent plus tranquilles; les palmiers remplacent les haut-parleurs et l'on entend de nouveau les vagues. Des hamacs se balancent entre les troncs — premiers arrivés, premiers servis. Les nageurs à l'aise avec masque et tuba trouvent leur bonheur le long des récifs proches du bord, fréquentés par les poissons-perroquets et les sergents-majors. L'équipement se loue sur place, tout comme les kayaks et les planches à pagaie. Les moins sportifs se contenteront d'avancer dans l'eau jusqu'aux genoux : la pente est si douce qu'on marche longtemps avant de perdre pied.
Le lagon et les plaisirs payants
La Great Life Lagoon, vaste piscine d'eau douce ouverte en 2025, aligne ses bars où l'on commande sans sortir de l'eau, son aire d'éclaboussures pour les enfants et ses rangées de chaises à l'ombre. Autour, l'offre facultative s'est étoffée : cabanas privées, tyrolienne au-dessus du littoral, rencontres avec les raies. Un conseil d'ami : le soleil des Bahamas ne pardonne pas, et les zones ombragées gratuites partent vite. Arriver tôt reste la meilleure stratégie de la journée. Côté assiette, le barbecue de midi — burgers, poulet grillé, salades et fruits — est servi sous plusieurs pavillons afin d'éviter les longues files.
Le phare oublié de 1863
Peu de passagers savent que l'îlot porte une tour de pierre dressée par les Britanniques en 1863 pour guider les vapeurs impériaux dans le passage de Providence. Le sentier qui y grimpe traverse un maquis d'arbustes salés où nichent les sternes; du sommet de la butte, la vue embrasse le turquoise du banc des Bahamas d'un côté et le bleu d'encre du large de l'autre. Dix minutes de marche suffisent pour toucher un morceau d'histoire que la plupart des visiteurs ignorent, un verre de punch à la main.
Bien doser sa journée
Great Stirrup Cay se prête aux deux extrêmes : ne rien faire du tout ou remplir chaque heure. Entre la baignade du matin, le barbecue de midi servi sous les pavillons et la sieste dans un hamac, le temps file plus vite qu'on ne le croit. Au moment où le navire largue les amarres, l'îlot se vide de ses milliers d'invités et retourne aux sternes et aux bernard-l'ermite. C'est peut-être le charme particulier de cette escale : une journée entière où la seule décision difficile consiste à choisir entre l'eau turquoise et le hamac — et où l'on peut, sans remords, choisir les deux.


