En juillet 1502, lors de son quatrième voyage, Christophe Colomb jeta l'ancre devant une île couverte de pins, la première terre du Honduras qu'il apercevait. Plus de cinq siècles plus tard, Guanaja demeure à l'écart des grands circuits : la plus orientale des îles de la Baie ne reçoit que de petits navires, souvent des unités d'expédition, et c'est précisément ce qui fait le prix de cette escale.
Une arrivée en chaloupe
Aucun quai ne peut accueillir un navire de croisière : le débarquement se fait en annexe, une traversée de quelques minutes qui donne à l'arrivée des airs d'exploration et laisse le temps de détailler le paysage. Depuis l'eau, on distingue les collines boisées de l'île principale, quelques toits dispersés le long des rives et, posé sur un îlot au large de la côte sud, un entassement surprenant de maisons sur pilotis : Bonacca, où vit la majorité des habitants de la municipalité. L'annexe s'y faufile entre les barques de pêche avant de déposer ses passagers au ponton, sous les regards curieux et bienveillants des gens du coin.
Bonacca, village sur l'eau
On surnomme Bonacca la Venise du Honduras, et le rapprochement n'a rien de forcé : de petits canaux traversent l'îlot, les maisons se serrent au-dessus de l'eau et aucune voiture ne circule, pas même un vélo. Tout se fait à pied, dans un lacis de passerelles et de ruelles étroites où l'on croise pêcheurs, écoliers et charrettes à bras poussées entre les étals. Les habitants, souvent anglophones, descendent en partie de familles venues des îles Caïmans au dix-neuvième siècle, et la conversation s'engage facilement d'un balcon à l'autre. Une heure de flânerie suffit pour faire le tour de l'îlot, saluer les gens sur le pas des portes et comprendre comment on vit ici, entre deux sorties de pêche et l'arrivée du bateau de ravitaillement.
Le récif à portée de palmes
Guanaja baigne dans le même récif mésoaméricain que ses voisines Roatán et Utila, mais avec une fraction de leurs visiteurs. Les fonds y sont restés d'une santé remarquable : coraux en éventail, poissons-anges, tortues et tombants colorés attendent à quelques minutes de bateau. Les excursions de plongée en apnée organisées lors des escales comptent parmi les plus belles des Caraïbes occidentales, tout simplement parce que le corail y est encore vivant et dense.
L'île verte
L'île principale, montueuse et parcourue de sentiers, réserve une surprise aux marcheurs : une randonnée en forêt mène à une cascade qui dégringole entre les rochers, baignade fraîche à la clé. Les pentes mêlent pins des Caraïbes et végétation tropicale, un paysage inhabituel sous ces latitudes qui avait déjà frappé les premiers navigateurs européens. L'ouragan Mitch avait couché une bonne partie de ces forêts en 1998; elles ont repoussé, et leur retour raconte à sa façon la ténacité des insulaires, qui ont eux aussi tout rebâti.
Le mot de la fin
Au retour vers le navire, l'annexe repasse devant Bonacca et ses maisons juchées au-dessus de l'eau. On mesure alors la rareté de ce qu'on vient de voir : une île des Caraïbes sans centre commercial, sans file d'attente et sans mise en scène. Ceux qui aiment raconter leurs voyages tiennent ici une histoire que peu de croisiéristes peuvent partager.
Repères pratiques
- Débarquement en annexe; prévoir des chaussures qui ne craignent pas les embruns.
- Aucun véhicule sur l'îlot principal : tout se parcourt à pied, sans dénivelé.
- Apporter de petites coupures en dollars américains ou en lempiras pour les achats au village.
- L'offre organisée est limitée : privilégier les excursions proposées par le navire, surtout pour la plongée en apnée et la randonnée à la cascade.


