À moins d'une heure de navigation de Dubrovnik, trois îles vivent comme si le vingtième siècle n'était jamais tout à fait arrivé : Koločep, Lopud et Šipan, les principales des Élaphites — un nom hérité, dit-on, du grec elaphos, le cerf, qui peuplait jadis ces collines. Sur les deux premières, aucune voiture ne circule ; on s'y déplace à pied, en voiturette électrique ou en barque. Les navires de croisière intimistes mouillent devant l'une ou l'autre selon l'itinéraire — la deuxième reçoit la plupart des visites — et les navettes déposent les passagers sur des quais où l'accueil se fait au rythme des cloches et des cigales.

Lopud, la promenade et le monastère

Le village s'étire en croissant le long de sa baie, derrière une promenade littorale plantée de palmiers. À son extrémité nord, le monastère franciscain du XVe siècle, longtemps abandonné puis restauré avec soin, veille sur le port ; ses jardins et sa forteresse attenante se découvrent lors de visites dont les horaires varient selon la saison. Dans les ruelles, les jardins débordent d'orangers et de lauriers-roses, souvenirs du temps où les capitaines de la république de Raguse bâtissaient ici leurs résidences d'été — l'îlot en aurait compté une trentaine.

Šunj, la plage de sable que Dubrovnik envie

Un chemin dallé traverse l'île en une vingtaine de minutes, entre pins et oliviers, jusqu'à la baie de Šunj : une anse de sable véritable — rareté absolue dans la région — où l'on entre dans une eau tiède qui reste à hauteur de taille sur cinquante mètres — la baignade préférée des familles de Dubrovnik dès la fin mai. Des voiturettes électriques font la navette pour ceux qui préfèrent économiser leurs pas. Quelques paillotes servent poissons grillés et salades ; le reste n'est que transats, pinède et lenteur.

Koločep, l'île aux sentiers

La plus petite des trois habitées se parcourt entière en deux heures de marche : sentiers dallés entre les pinèdes, chapelles préromanes, falaises du sud où s'ouvre une grotte bleue accessible en barque. Ses deux hameaux, Donje Čelo et Gornje Čelo, totalisent moins de 200 habitants. C'est l'escale rêvée des marcheurs contemplatifs, qui alternent baignades en crique et pauses à l'ombre des figuiers.

Šipan, la campagne insulaire

La plus grande des Élaphites cultive oliviers, vignes et caroubiers dans une longue vallée fertile entre deux ports, Suđurađ et Šipanska Luka. Les palais Renaissance à demi endormis, les tours de défense contre les pirates et les églises romanes ponctuent les chemins. Les excursions y proposent souvent dégustations d'huile et de vin chez les producteurs, dans des cours ombragées où le temps s'étire volontiers. Une route tranquille relie les deux ports à travers la vallée ; à pied, comptez une bonne heure et demie entre les vergers.

Repères pour l'escale

ÉlémentDétail
AccostageAncrage devant Lopud, Koločep ou Šipan, navette vers le quai
Plage de Šunj20 minutes à pied du village ou voiturette électrique
CirculationKoločep et Lopud sans voitures ; Šipan motorisée
Monnaie et langueEuro ; croate, anglais courant

Trois îles, un art de vivre

Les Élaphites offrent l'antidote parfait aux remparts bondés de Dubrovnik : du sable sous les pieds nus, des monastères dans les pins, des sentiers sans moteur. On y réapprend qu'une journée peut se mesurer en longueurs de baie plutôt qu'en monuments cochés. Le soir venu, en voyant s'éloigner ces collines posées sur une mer d'huile, plus d'un passager se promet d'y revenir avec du temps — beaucoup de temps.